Les campagnes PARECOM dans le Sud : un soutien indispensable à l’agriculture paysanne dans les communes visées

L’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) place l’économie agricole au cœur de sa mission d’accompagnement à la paysannerie, en envisageant les paysans et paysannes comme les premiers-ères acteurs et actrices capables de transformer leur propre réalité socio-économique. L’ITECA, dans le cadre du Programme d’Appui au Relèvement dans les 5 communes du département du Sud (PARECOM), priorise les organisations paysannes, regroupées en plateforme, les coopératives de producteurs et productrices et les mutuelles de solidarité. Une attention particulière est accordée aux femmes et aux jeunes afin qu’elles-ils puissent agir collectivement ou individuellement au sein des filières agricoles.

L’ITECA a été aux cotés des communautés paysannes pour évaluer l’ampleur des dégâts et contribuer aux réponses d’urgence suite au séisme du 14 août 2021 dans le Grand Sud. Des dommages considérables ont été enregistrés : environ 800 000 personnes affectées avec 1 300 personnes décédées, 5 700 autres blessées et 130 000 maisons détruites ou endommagées. Ajouté à cela, les crises sociopolitiques récentes ainsi que les effets des changements climatiques (perturbation des saisons, pluviométrie irrégulière…) ont lourdement impacté la vie paysanne.

Le Programme d’Appui au Relèvement dans 5 communes du département du Sud (PARECOM), a été conçu pour aider les communautés paysannes d’Aquin, Cavaillon, Cayes, Maniche et Saint-Louis du Sud à se reconstruire. Il s’étend sur trois ans et porte notamment sur l’acquisition et la distribution de semences, d’outils agricoles, de plantules fruitières et forestières ; sur la mise en place de jardins agroforestiers, maraîchers, et de parcelles de riz ; et sur l’appui à la mise en œuvre d’outils érosifs à travers des campagnes agricoles. Une phase pilote de reconstruction de 40 maisons au bénéfice de 40 familles paysannes doit s’achever au premier semestre de l’année 2023.

Le bilan global du soutien aux campagnes agricoles (printemps et hiver) concerne 1225 ménages dont 40% de femmes. Malgré les contraintes liées à l’insécurité et à la pénurie de carburant, des fournisseurs locaux ont été mobilisés et les animateurs-trices sur le terrain ont fourni un appui technique de proximité. En tenant compte des bénéficiaires indirect-e-s, c’est environ 15 000 personnes (familles paysannes, fournisseurs, associations paysannes, autorités locales…) qui ont tiré profit des retombées positives des campagnes agricoles.

L’insécurité alimentaire a reculé dans les communautés concernées, et les acteur-trice-s communautaires ont été sensibilisé-e-s sur la problématique environnementale. Et Le relogement de 40 familles paysannes est à venir dans la commune de Cavaillon.

L’ITECA a pu compter sur le soutien appuyé de ses partenaires pour rendre possible ce bilan à la fois positif et prometteur de la mise en œuvre du programme PARECOM, dont : l’Agence Française de Développement (AFD), Broederlijk Delen, CCFD-TS, Développement et Paix/MRIF/Fondation Roncalli, FOKAL, Manos Unidas et Mennonite Central Committee (MCC).

L’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) renouvelle encore une fois sa ferme volonté à toujours se tenir aux cotés des communautés paysannes pour l’année 2023, tout en restant convaincu que l’agriculture paysanne reste le véritable pilier pour tout changement socio-économique réel dans le pays.

8 décembre : Journée Internationale du climat | Quel combat?

L’institut de Technologie et d’Animation (ITECA) et ses partenaires commémorent la journée Internationale du climat. 

L’ITECA, dont la Gestion des Risques et des Désastres est l’un des axes transversaux et l’un des piliers stratégiques de sa stratégie d’intervention, croit qu’il est impossible de promouvoir le changement en Haïti sans tenir compte des facteurs liés à l’environnement. De ce fait, il accompagne des agriculteurs.trices dans les zones rurales et essaie toujours, après les catastrophes (cyclone, inondations, sécheresse), d’apporter des réponses d’urgence qui peuvent aider au relèvement rapide et à la diminution des vulnérabilités.

Dans ses différentes régions d’intervention, l’ITECA mène des actions, à travers des programmes tels que le Projet de soutien à l’adaptation aux changements climatiques dans les systèmes de production agricole paysanne dans le Sud (PROCLIMA), le Projet D’appui au Renforcement des Pratiques Agricoles Durables des Ménages Ruraux dans les Communes de Saint-Marc et de Verrettes (PARPAD) et dans le cadre du dispositif Réponses aux Risques pour un Développement durable (R2D2)

Ces projets aident les paysans.nes à mieux s’adapter aux effets des changements climatiques. L’ITECA a développé des outils en vue de la promotion de bonnes pratiques environnementales dont l’agriculture organique et déconseille, en même temps, les mauvaises pratiques de cultures sarclées dans les mornes.

Campagne de sensibilisation sur la protection de l’environnement réalisée par l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) à Saint-Marc (2022) et la « Koperativ Transfòmasyon ak Komèsyalizasyon Pwodwi Agrikòl Senmak » (KOTKOPAS). Des membres de la population de « Gwayavye » ont été au local de la KOTKOPAS pour participer à cette campagne de sensibilisation .

Le changement climatique : nouveau défi pour l’humanité

Depuis quelque temps, le monde assiste à une hausse des températures qui bouleverse les conditions climatiques et perturbe l’équilibre naturel habituel. Les risques sont en effet élevés pour les êtres humains ainsi que pour toutes les autres formes de vie sur Terre.

Les changements climatiques touchent le monde entier et les effets varient suivant les régions. Alors que la température moyenne de la planète a augmenté d’environ 0,5 degré Celsius depuis le début du 21ème siècle selon l’Intergouvernmental Panel on Climate Change (IPCC), elle a augmenté d’environ 1 degré Celsius au Canada.

Haïti se trouve elle-même en tête de liste des pays les plus touchés par les effets de ces changements avec 5.65 décès par 100 000 habitants d’après la classification mondiale des Indices de Risques Climatiques (IRC) de la Germanwatch 2017, entre 1996 et 2015. Elle a été sévèrement affectée par l’ouragan Matthew qui a causé plus de 500 décès dans la Péninsule Sud, ouragan qualifié de pire catastrophe naturelle en Haïti depuis le tremblement de terre de 2010.

Et quel combat?

Campagne de sensibilisation sur l’environnement réalisée par l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) à Saint-Marc (2022). Rassemblement des membres de la coopérative Koperativ Transfòmasyon ak Komèsyalizasyon Pwodwi Agrikòl Senmak (KOTKOPAS) dans le local de la coopérative en vue de participer à la journée de sensibilisation.
Campagne de sensibilisation sur l’environnement réalisée par l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) à Saint-Marc (2022). Cette banderole a été conçue et placée à l’entrée du local de la Koperativ Transfòmasyon ak Komèsyalizasyon Pwodwi Agrikòl Senmak (KOTKOPAS) en vue d’accroitre la visibilité de la campagne.

En ce sens, à travers cette journée du 8 décembre, l’ITECA encourage la société civile et particulièrement les acteurs.trices communautaires  à redoubler d’efforts afin de renforcer la résilience des territoires face aux changements climatiques et aux risques de catastrophe. Il convient également d’adopter immédiatement de mesures préventives visant à ralentir le rythme des changements climatiques tout en envisageant des solutions spécifiques à la réalité de chaque milieu. Des actions politiques, sociales, environnementales et économiques, avec la participation des acteurs.trices, doivent être entreprises en vue de développer des mesures d’atténuation et/ou d’adaptation qui reflètent les réalités locales.

L’ITECA renouvelle son engagement à soutenir les luttes et revendications paysannes et poursuivra ses efforts visant au renforcement de la capacité des communautés paysannes et des acteurs locaux pour la réduction des vulnérabilités liées aux risques des changements climatiques.

Projet d’Appui au Relèvement dans 5 communes du Sud (PARECOM) | Un outil participatif de réponse post-séisme

L’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA), en soutien aux communautés paysannes, met en œuvre le Projet d’Appui au Relèvement dans 5 communes du département du Sud (PARECOM). Ce projet vise à contribuer à la réduction de façon durable de la vulnérabilité de la population de 5 communes : Aquin, Cavaillon, Cayes, Maniche et Saint-Louis du Sud, considérablement touchées par le séisme du 14 août 2021. Des paysans et paysannes (1244 dont 569 femmes) issus de 12 communautés et appartenant à 42 associations paysannes sont directement touchés.es par l’action du PARECOM.

Ce programme recherche une consolidation de l’économie paysanne en s’appuyant sur trois (3) composantes opérationnelles. D’abord, l’appui aux urgences et au développement agricole durable par l’introduction de nouvelles pratiques culturales au niveau des micro-bassins versants, et d’autres cultures à forte valeur ajoutée. Ensuite, il contribue au relogement de familles paysannes. Et enfin, à travers le volet Environnement et GRD, il s’agit de sensibiliser/former des acteurs communautaires sur la problématique environnementale et de susciter une dynamique devant aboutir à la construction de plans de protection/mitigation.

Le PARECOM intervient dans un contexte où les saisons (pluvieuses et sèches) deviennent de plus en plus irrégulières en Haïti en raison des effets des changements climatiques. Il a permis d’accompagner des agriculteurs dont les récoltes sont soumises aux variations saisonnières au niveau de trois (3) campagnes agricoles, avec comme principales activités :

  1. L’acquisition et la distribution de semences, d’outils agricoles, de plantules fruitières et forestières ;
  2. La mise en place de jardins agroforestiers, maraîchers, et de parcelles de riz ;
  3. Et l’appui à la mise en place d’ouvrages anti érosifs (seuils en pierres sèches, rampes vivantes, clayonnage.

Ces différentes activités concernent la première et la troisième composante, respectivement pour les sous-composantes « Appui aux campagnes agricoles et Protection des sols et de l’environnement ».

Le programme PARECOM s’étend sur trois (3) ans et sa mise en œuvre se réalise avec l’appui des autorités locales et des services déconcentrés de l’État.

La campagne agricole de l’hiver 2022 a reçu l’appui de Développement et Paix, FOKAL et Mennonite Central Committee (MCC). En outre, la mise en œuvre de manière globale du PARECOM pour la première année et pour l’année 2023 a bénéficié également du soutien de : Agence Française de Développement (AFD), CCFD-TS, Manos Unidas, Broederlijk Delen, Fondation Roncalli et du MRIF (Gouvernement du Québec).

Journée mondiale des coopératives | Campagne de sensibilisation et de promotion des coopératives à Saint-Marc et aux Verettes (Département de l’Artibonite) | 1er et 2 juillet 2022

L’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA), et ses partenaires locaux ‘’Koperativ Pwodiksyon Komèsyalizasyon ak Transfòmasyon Agrikòl Vèrèt’’ (KOPWOKTAV) et ‘’ Koperativ Transfòmasyon ak Komèsyalizasyon Pwodwi Agrikòl Senmak’’ (KOTKOPAS), ont réalisé deux (2) journées de sensibilisation et de promotion pour les coopératives à Saint-Marc et aux Verettes autour du thème : « Coopérative, un modèle d’Economie Sociale et Solidaire (ESS) générateur de transformation communautaire » les vendredi 1er et samedi 2 juillet 2022 à l’occasion de la journée mondiale des Coopératives.

Les thématiques : Importance des coopératives, associations et mutuelles de solidarité pour les communautés et Économie Sociale et Solidaire comme modèle alternatif de création de richesse au sein des communautés ont été au cœur de ces journées de sensibilisation et de promotion pour les coopératives. Dans l’objectif d’amener les membres, spécialement les femmes et les jeunes, à mieux comprendre l’importance des coopératives dans le développement des communautés, les partenaires ont été dotés de matériels (affiches, T-shirts, banners, stickers sur les 7 principes des coopératives) afin d’être mieux outillés à rendre beaucoup plus visibles et vulgariser leurs différentes actions dans leur communauté respective. La finalité du travail de l’ITECA, c’est de parvenir à outiller les paysans, comme acteurs de transformation sociale à travers une approche de responsabilisation.

Ces journées de sensibilisation en soutien aux luttes et revendications paysannes s’inscrivent dans le cadre du Projet d’Appui à l’amélioration durable des Conditions de vies des ménages dans les communes de Saint-Marc, Verettes et Gros-Morne (PRAADUM) qui est financièrement appuyé par Manos Unidas.

Agroforesterie: la stratégie efficace dans la lutte contre le changement climatique à Verrettes

Roger Odéus est un agriculteur membre de l’organisation paysanne « Combite pour la Défense des Droits et des Intérêts des Paysans » (KODEP) qui évolue à Terre-Nette, 6ième section communale de Verrettes. L’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) dans le cadre de son accompagnement aux organisations paysannes de cette communauté a introduit depuis 2017 le jardin agroforestier dans les pratiques agricoles paysannes.

Bénéficiaire de cet appui, la parcelle de l’agriculteur Odéus à Terre-Nette est constituée d’une association diversifiée d’arbres et de cultures.

« Dans mon jardin, je cultive de la canne-à-sucre, du café, du manioc, des bananiers, du malanga, de l’igname, de la patate douce et du petit pois. J’y conserve du bois pour construire des tonnelles et aussi ma maison », précise l’agriculteur. Odéus est satisfait de voir son jardin adapté au climat et à l’environnement.

« L’agroforesterie repose sur l’association d’arbres avec d’autres cultures pour jouer la complémentarité et pour en tirer des effets bénéfiques sur une longue période. » Ce modèle d’agriculture durable s’adapte à toutes les surfaces. Cependant, elle est beaucoup plus recommandée pour les terrains en pente, parce qu’ils sont plus exposés aux risques d’érosion.

Les jardins agroforestiers sont aussi un moyen efficace et adapté à la lutte contre le changement climatique, tout en garantissant à l’agriculteur une récolte diversifiée tout au long de l’année. Ce qui a pour effet d’accroitre ses revenus et de renforcer sa résistance pendant la période de soudure.

Bénita Omistil affirme que « ce modèle de jardin est très utile. Actuellement nous avons planté des ignames, de la patate douce, du malanga, des bananiers et d’autres plantes non fruitières. Après la saison des récoltes, nous pouvons vendre le bois des arbres fruitiers et faire du charbon pour augmenter nos revenus. »

A Terre-Nette, l’accompagnement de l’ITECA dispose d’un volet technique consistant à la réalisation de formations agricoles pour les paysans, la distribution de semences et de moyens utiles à l’entretien des jardins. En 2018, Sirus Any a bénéficié d’un appui de cinq paniers d’ignames qu’il a ajouté à quatre autres.

« Cette année, j’ai planté huit paniers et l’ITECA m’a offert trois autres paniers. Après une évaluation, j’ai vendu 4 autres paniers », indique Any qui se montre satisfait. 

Grâce à l’appui de l’ITECA, des progrès considérables ont été remarqués au niveau des savoir-faire techniques et des connaissances des organisations participantes à Terre-Nette. Malgré les défis qui subsistent dans cette communauté, les leçons tirées de cette expérience témoignent d’une réelle amélioration des pratiques agricoles paysannes.

Gros-Morne : Comment les jeunes ont intégré la filière mangue grâce à l’Économie sociale et solidaire (ESS)

Noelzia Faustin, 26 ans, est originaire de la quatrième section de l’Acul à Gros-Morne et présidente de l’entreprise « La Ruche ».  En 2017, elle incluait 132 jeunes participants aux trois journées de formation réalisées par l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) autour de l’entreprenariat et de la gestion des entreprises en Économie sociale et solidaire (ESS).

« La Ruche » confectionne des ruches pour les producteurs de miel qui sont dans la filière mangue à Gros-morne, mais aussi tout autre meuble de bois. Huit garçons et trois filles sont membres de l’entreprise. « Garçons ou filles, chacun joue sa partition sous le même pied d’égalité au sein de La Ruche», affirme Naoelzia Faustin.  

Dix entreprises de jeunes ont été créées à la suite d’une formation autour de l’entreprenariat et la gestion des entreprises des économies sociales et solidaires en 2017

L’intégration des jeunes constituait l’un des grands objectifs de l’ITECA au cours de la deuxième phase de son projet dans la filière mangue à Gros-morne. Dix entreprises de jeunes ont été créées à la suite d’une formation autour de l’entreprenariat et la gestion des entreprises des économies sociales et solidaires en 2017.

Lisez également: L’approche des vergers diversifiés, le pari réussi de l’ITECA à Gros-Morne

Les participants ont été formés, entre autres, sur les caractéristiques des entreprises en ESS, la gestion d’entreprise et l’élaboration de plan d’affaires. 55 filles, 3 femmes et 74 garçons ont été enseignées au cours de cette formation.

Dix entreprises assignées dans la production de plantules, de compost et dans la confection de matériels apicoles sont créées. Leurs membres bénéficient des formations spécifiques à leur domaine respectif. Les jeunes filles des différentes unités ont reçu une formation sur le leadership féminin dans le but d’augmenter leur capacité en leadership

Noelzia Faustin se réjouit de son expérience. « Grâce à mes activités entrepreneuriales, je peux me satisfaire de certains besoins et m’acquérir de certaines choses qu’autrefois j’exigeais de mes parents. »

La Ruche et neuf autres entreprises forment ensemble « Rezo jèn antreprenè sosyal Gwomòn », une plateforme les permettant de faire la promotion de leurs produits et de partager leur expérience d’entrepreneur.

Lisez également: À Gros-Morne, les producteurs de la filière de la mangue ont retrouvé l’espoir grâce au renforcement des coopératives

Avant sa formation, Noelzia Faustin n’espérait pas être ébéniste, car dans la commune de Gros Morne les femmes et jeunes filles ne pratiquent pas ce métier. « Les formations reçues à ITECA m’ont permis de voir les choses différemment. » Désormais, comme tous les autres membres, elles déclarent avoir une vision plus juste sur l’égalité des genres.

L’approche des vergers diversifiés, le pari réussi d’ITECA à Gros-Morne

Depuis 2008, l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) s’engage dans la filière mangue à Gros-Morne, région représentant 30% de la production des mangues en Haïti. Auparavant, les paysans ne disposaient d’aucune technique d’amélioration dans la production et l’exploitation de la filière mangue.

Les plantations de manguiers ne respectaient aucune norme requise  pour la structuration d’un verger. Seuls quelques grands dons de la commune possédaient des vergers. Notons qu’un verger se définit comme un espace de terrain dévolu à la culture d’arbres fruitiers, appelée arboriculture fruitière. Ainsi, un verger de mangue est un espace de terrain dévolu à la culture de mangue.  

Berliose Louis, un producteur arrose son son verger à Gros-Morne

Entre 2013 et 2016, ITECA a réussi la première phase d’un projet venant en appui aux producteurs de la commune regroupés au sein d’une coopérative de production, de transformation et de commercialisation. 200 vergers ont été mise en place au cours de cette première phase.

Un total de 277 vergers diversifiés composés de diverses cultures intercalaires telles le pois congo (pois d’angole), le manioc, l’ananas, la patate douce et le bananier ont été mis en place

Une deuxième phase a été lancée en septembre 2017 suite à un diagnostic révélant un faible taux de bénéficiaires parmi les femmes et les jeunes au cours de la première phase.  Cette deuxième phase intègre une autre coopérative, deux regroupements d’organisation et une entreprise sociale d’un regroupement d’organisation de femmes.  

Dès l’entame de la seconde phase, ITECA a initié l’approche des vergers diversifiés. Elle garantit à un producteur ou productrice d’un verger d’autres cultures.

Un total de 277 vergers diversifiés composés de diverses cultures intercalaires telles le pois congo (pois d’angole), le manioc, l’ananas, la patate douce et le bananier ont été mis en place. 113 femmes, 93 hommes, 41 jeunes femmes et 30 jeunes hommes, plus précisément, ont bénéficié de ces vergers dans le cadre de l’implantation de ce projet.

Lisez également: À Gros-Morne, les producteurs de la filière de la mangue ont retrouvé l’espoir grâce au renforcement des coopératives

Ainsi, le calendrier cultural permet au producteur de bénéficier d’une récolte diversifiée et d’un revenu additionnel durant la période de soudure allant du mois d’aout jusqu’au mois de mars, mais aussi pendant la période de croissance des manguiers (les trois premières années),

Cinquante de ces participants ont pu également s’acquérir d’une ruche. Un suivi technique est assuré par l’ITECA et les coopératives afin de veiller à l’entretien des vergers durant toutes les étapes d’évolution de ces vergers. Plusieurs producteurs bénéficiaires de rucher témoignent de leur satisfaction après cette expérience.

Un apiculteur récolte son miel à Carnifisse, Gros-Morne

« Grâce aux formations de l’ITECA, nous pouvons désormais capturer les abeilles qui nous donnent de la cire et du miel. La vente de ces produits augmentent nos revenus et nous aident à payer la scolarité de nos enfants », déclare Jolicœur  Alcimé, un producteur bénéficiaire.

Les parcelles ont été géo référencées à partir de cartes.  Le géo référencement est très important pour le commerce de la mangue au niveau internationale, car il permet la traçabilité des vergers.

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En plus de diversifier les revenus économiques des foyers, l’approche des vergers contribue à à la reforestation, l’amélioration de la couverture végétale et l’adaptation face au changement climatique au niveau de la commune.  

Analyses et réflexions sur la situation paysanne en Haïti

               Ce texte est publié à l’occasion du 17 avril, journée mondiale des luttes paysannes

 Remarques préliminaires :

Ce texte est dédié aux organisations paysannes qui luttent pour améliorer leurs conditions de vie et la nôtre. Il est destiné, en priorité, au personnel d’ITECA ainsi qu’aux organisations paysannes avec lesquelles l’institut coopère. J’espère néanmoins qu’il suscitera réflexions et débats productifs dans d’autres milieux.

Sur la page web de présentation d’ITECA, il est écrit :

« ITECA : un outil pour appuyer les luttes paysannes »

Le lecteur peut, à juste titre, se demander : « Pourquoi un tel choix ? »

ll suffit simplement de passer en revue la situation des paysan-ne-s en Haiti au cours des cinq dernières décennies pour se rendre compte, non seulement du bien-fondé du choix, mais aussi de la nécessité qu’il y a de continuer à accompagner les efforts de la paysannerie haïtienne.

Précisons tout de suite que nous avons opté pour la définition des Nations Unies qui par « Paysans » désigne toutes les personnes qui mènent « une activité de production agricole à petite échelle, de subsistance et/ou destinée au marché »… utilisant pour ce faire, la « main d’œuvre de la famille » … et qui développent ainsi un « lien particulier de dépendance et de rattachement à la terre. »

Dépendance et Fragilité de l’Économie paysanne

Jusque dans les années 60, la paysannerie haïtienne a porté à bout de bras et presque seule, l’économie du pays. Le café, produit du terroir, était consommé journellement par toutes les couches de la population haïtienne. En même temps, il constituait la principale source de rentrée de devises pour notre pays.

La diète journalière de pratiquement toute la population haïtienne était faite de fruits, légumes, céréales, légumineuses et autres produits locaux auxquels on ajoutait, selon ses moyens, un morceau de volaille, du poisson frais, fumé ou salé ou bien un morceau de viande de bœuf, de cabri ou de porc…

Le principal problème auquel on se heurte avec la mise en application de ce modèle vient du fait que le prix du café est déterminé sur le marché international, non pas par notre pays et encore moins, par les paysan-ne-s qui produisent cette denrée.

Pour ce qui a trait aux autres produits agricoles vendus sur le marché interne, étant donné qu’ils sont en général écoulés frais (sans utilisation de techniques de conservation, ni de transformation), il arrive souvent que l’argent récolté de la vente soit inférieur aux investissements consentis par les paysan-ne-s.

Et, comme si cela ne suffisait pas, d’autres facteurs sont venus perturber l’équilibre déjà fragile de l’économie du pays.

Dès le début des années 60, la sanglante dictature imposée par François Duvalier (Papa Doc) en Haïti a provoqué une émigration massive de cadres formés et expérimentés, ainsi que celle d’étudiant-e-s qui venaient de boucler le cycle secondaire.  Ces cadres qui ont fui le pays pour sauver leur peau se sont rendus principalement au Canada, aux États-Unis d’Amérique ainsi que dans des pays d’Afrique nouvellement indépendants qui leur ont offert à la fois, la sécurité ainsi que la possibilité d’y exercer une carrière professionnelle valorisante.

C’est à cause de cette fuite massive de cerveaux que les fondateur-trice-s de l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) ont jugé important de s’investir dans la formation de leaders paysans puisqu’à leur avis, « ce sont ceux qui restent !»[1].

Un survol des conditions de vie de la paysannerie haïtienne et des structures en place, nous révèle ce qui suit :

 Les Moyens de production

  • Main d’œuvre:

Il est logique de penser qu’un grand nombre de paysan-ne-s actuel-le-s sont des descendants d’anciens marrons. Ils et elles occupent et cultivent de petits lopins de terre situés autour de leur habitation. Il leur arrive souvent de travailler également sur des parcelles éloignées.

  • Parcelles exiguës (un système de minifundia):

Les portions de terre – en général exiguëspermettent aux paysan-ne-s de survivre, grâce à la consommation d’une petite partie du fruit de leur labeur, tandis que la vente de l’autre partie leur permet de se procurer quelques biens manufacturés indispensables à la survie de la famille : allumettes, gaz pour l’éclairage, outils, ustensiles, vêtements …

  • Titres de propriétéet problèmes de Tenure foncière

L’histoire nous révèle qu’après l’indépendance, de grandes étendues de terre ont été distribuées à de hauts gradés de l’armée. Ces derniers se sont ainsi ajoutés au nombre restreint d’Anciens libres qui possédaient déjà des titres de propriété.

Pour pallier au fait que beaucoup d’individus occupent et travaillent des portions de terre sans titre de propriété, on dut, au fil des années, émettre une loi qui permet à l’occupant d’un terrain pendant « plus de vingt (20) ans », …ayant « agi en maître » (c’est-à-dire ayant été perçu et reconnu comme tel), d’en devenir légalement propriétaire.

Cependant, même en pareil cas, il faut une procédure judiciaire pour obtenir ces titres de propriété. Ce qui, en général, n’est pas à la portée de tous !

Le système dit « de mwatye » :

Il est dans nos us et coutumes qu’une parcelle appartenant à un propriétaire terrien soit cédée à un paysan qui se charge de la travailler. Les produits de la récolte sont alors séparés en deux parts : une moitié va au propriétaire, l’autre au travailleur… D’où le nom de demwatye (de moitié) donné à cette façon d’opérer !

Il convient de noter qu’en pareille situation, c’est généralement au paysan qu’incombe la responsabilité d’effectuer les travaux agricoles nécessaires : préparer la terre, se procurer les semences, planter, nettoyer, arroser au besoin, faire la cueillette et procéder au conditionnement…

  • Les outils aratoires utilisés par les paysan-ne-s haïtien-ne-s demeurent jusqu’à nos jours, rudimentaires: houes, machettes, pics, râteaux…
  • En règle générale, l’accès à l’eaureste difficile et rare. Il existe en Haiti peu d’ouvrages de captage d’eau, de réservoirs et de systèmes d’arrosage dédiés à l’agriculture. Notre pays étant très montagneux, les paysan-ne-s travaillent souvent sur des terrains de fortes pentes, pratiquant donc une agriculture de montagne qui dépend surtout de la pluie.

Le manque de moyens et de décentralisation réelle et effective du Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (M.A.R.N.D.R) fait que les paysan-ne-s haïtien-ne-s n’obtiennent pas vraiment l’Accompagnement technique nécessaire.

Pourtant cet encadrement technique est indispensable pour faire face à des :

  • Cultures en voie de disparition : café, cacao, canne à sucre, citrons, oranges, mandarines, petit-mil…
  • Pertes causées par insectes, vermines et autres…
  • Besoins accrus en semences etc…

Par ailleurs, il faut signaler que les paysan-ne-s ne bénéficient pas du tout, ou alors très peu, d’accès au Crédit.

La combinaison de tous ces facteurs, auxquels il faut ajouter une forte pression démographique manifeste lors des partages de biens entre « ayant droit » (héritiers), conduit inévitablement au déclin de la Production Nationale.

A ces données structurelles, il faut ajouter d’autres, conjoncturelles, qui ont contribué à une aggravation de la paupérisation non seulement de la paysannerie haïtienne, mais du pays tout entier : 

  1. l’éradication des cochons créoles, sous prétexte de peste porcine; une opération qui a porté un coup fatal à l’économie paysanne ;
  2. une aggravation de conflits terriens souvent soldés par des pertes en vies humaines, l’exode rural, le découragement des paysan-ne-s etc… En mémoire dans cette catégorie, le massacre des paysan-ne-s de Jean-Rabel, le 23 juillet 1987
  3. l’abaissement des tarifs douaniers qui a suscité une importation massive de produits alimentaires en provenance principalement des Etats-Unis et de la République Dominicaine. Il s’ensuit un changement important dans la diète de la population haïtienne: par exemple, consommation de corn flakes au lieu d’K.100, de « diri Mayami» au lieu du riz de la Vallée de l’Artibonite, etc.

C’est ce portrait sommaire que nous avons en-tête lorsque nous lisons la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales dont nous extrayons ce qui suit :

Le Rôle de l’Etat

Article 2 :

  1. Les États respecteront, protégeront et réaliseront les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales. Ils prendront rapidement des mesures législatives, administratives et autres, requises…pour assurer progressivement la pleine réalisation des droits énoncés dans la présente Déclaration…
  2. Une attention particulière sera portée […] aux droits et aux besoins particuliers des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales…
  3. […] les États engageront des consultations et une coopération de bonne foi avec eux, par le canal de leurs institutions représentativesavant que (les décisions) ne soient prises… et en garantissant la participation active, libre, effective, significative et éclairée des particuliers et des groupes aux processus décisionnels
  4. Les États élaboreront, interpréteront et appliqueront les normes et accords internationaux.
  5. Les États prendront toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte que les acteurs non étatiques… les particuliers et les organismes privés… respectent et renforcent les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales.
  6. Pour atteindre les fins et objectifs de la présente Déclaration, les États prendront des mesures adaptées et efficaces… avec les organisations (de) la société civile, en particulier les organisations de paysans et d’autres personnes travaillant dans les zones rurales.
  7. Activités inclusives et accessibles aux paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales ;
  8. Faciliter et soutenir le renforcement des capacités… la mise en commun d’informations
  9. Faciliter la coopération en matière de recherche et d’accès aux connaissances scientifiques et techniques ;
  10. Fournir une assistance technique et économique… accès à des technologies accessibles
  11. Améliorer la gestion des marchés… et faciliter l’accès en temps utile à l’information sur les marchés.

Article 4.

  1. Les Etats veilleront à ce que…
  2. d) (les paysans aient) …un accès égal aux services financiers, au crédit et aux prêts agricoles….

Article 9

Les paysans… ont le droit de « protéger leurs intérêts, de constituer des organisations, des syndicats, des coopératives… et de mener des négociations collectives.

Article 10

  1. Les États s’emploieront à faire en sorte que les paysansparticipent…aux processus décisionnels susceptibles d’avoir une incidence sur leur vie, leurs terres et leurs moyens de subsistance.

Article 16

  1. Les paysans ont droit…à un accès facilité aux moyens de production…notamment les outils…, l’assistance technique, le crédit, les assurances et d’autres services financiers.
  2. … aux moyens de transport et aux installations de transformation, de séchage et de stockage nécessaires à la vente de leurs produits… à des prix qui leur garantissent un revenu et des moyens de subsistance décents.
  3. Les états prendront toutes les mesures voulues pour garantir… le développement rural, l’agriculture, l’environnement, le commerce et l’investissement

Article 17

  1. Les paysans… individuellement et collectivement…ont droit … d’accéder à la terre et aux plans d’eau… de les utiliser de manière durable… dans la paix et la dignité….

Article 18

  1. Les paysans et … ont droit à la préservation et à la protection de leur environnement et de la capacité productive de leurs terres ainsi que des ressourcent qu’ils utilisent et gèrent.
  2. Les paysans et… droit de contribuer à la conception et la mise en œuvre des politiques nationales et locales d’adaptation au changement climatique… notamment par le recours aux pratiques et savoirs traditionnels.

Article 19

  1. … droit à la protection des savoirs traditionnels
  2. Les états veilleront à ce que les paysans disposent, au moment le plus opportun pour les semis et à un prix abordable, de semences de qualité en quantité suffisante.

Article 21

1.… droit à l’eau potable et à l’assainissement… à des systèmes d’approvisionnement en eau et à des installations d’assainissement de qualité, d’un coût abordable et physiquement accessibles… acceptables sur le plan culturel par les hommes comme par les femmes.

  1. Les États protègeront les écosystèmes liés à l’eau, notamment les montagnes, les forêts, les zones humides, les rivières, les aquifères et les lacs contre la surutilisation et la contamination par des substances dangereuses…

Article 25

  1. Les paysans… ont droit à une formation adéquate, qui soit adaptée à leur environnement agroécologique, socio-culturel et économique …. : amélioration de la productivité, commercialisation et aptitude à faire face aux ravageurs, aux organismes pathogènes, aux chocs systémiques, aux effets des produits chimiques, aux changements climatiques et aux phénomènes météorologiques.
  2. Les États encourageront l’établissement de partenariats équitables et participatifs entre les exploitants agricoles et les scientifiques

Article 26

  • Les États respecteront les droits des paysans…. à leurs savoirs traditionnels et prendront des mesures pour les reconnaître et les protéger et pour faire cesser la discrimination envers les savoirs, pratiques et techniques traditionnels des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales.

 Article 27

  1. 1. Les institutions spécialisées, fonds et programmes des Nations Unies, ainsi que d’autres organisations intergouvernementales, dont les institutions financières internationales et régionales, contribueront à la pleine mise en œuvre de la présente Déclaration, notamment par la mobilisation de l’aide au développement et la coopération pour le développement, entre autres. Il faudra se pencher sur les moyens d’assurer la participation des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales à l’examen des questions les concernant.
  2. L’Organisation des Nations Unies, les institutions spécialisées, fonds et programmes des Nations Unies et d’autres organisations intergouvernementales, dont les institutions financières internationales et régionales, s’emploieront à promouvoir le respect de la présente Déclaration et sa pleine application, et en contrôleront l’efficacité.

Article 28

  1. Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme entraînant la diminution, l’altération ou l’annulation de droits que les paysans et les autres personnes travaillant dans les zones rurales et les peuples autochtones ont déjà ou sont susceptibles d’acquérir à l’avenir.
  2. Dans l’exercice des droits énoncés dans la présente Déclaration, les droits de l’homme et les libertés fondamentales de tous seront respectés sans discrimination d’aucune sorte.

L’exercice des droits énoncés dans la présente Déclaration sera soumis uniquement aux restrictions qui sont prévues par la loi et qui sont conformes aux obligations internationales relatives aux droits de l’homme. Toute restriction de cette nature sera non discriminatoire et nécessaire à seule fin d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et de satisfaire aux justes exigences qui s’imposent dans une société démocratique.

En guise de Postface, quelques commentaires et observations :

  1. Le texte de la Déclaration …. est long (28 articles / 20 pages).
  2. J’ai mis en exergue les articles qui me paraissent les plus percutants et/ou d’intérêt immédiat.
  3. Il est intéressant de noter comment les rôles et prérogatives de l’Etat, les injonctions qui lui sont faites (art. 1 à 4) sont suivies (à partir de art. 9) de recommandations conjointes à l’État et aux organisations paysannes; pour aboutir à des injonctions faites aux institutions spécialisées, fonds et programmes des Nations Unies, ainsi que d’autres organisations intergouvernementales, dont les institutions financières internationales et régionales.

Remerciements :

Je saisis l’occasion pour remercier de tout cœur : Serge Bellegarde, Traducteur, Membre de l’Académie Créole qui, saisissant l’importance d’un tel document a accepté, spontanément et gracieusement, de traduire en Créole la « Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales ».

Je remercie également le sociologue Bernard Éthéart dont différentes publications dans Haiti en Marche, m’ont remis en mémoire le fait que les organisations paysannes haïtiennes ont contribué à la préparation de cette importante Déclaration de l’Organisation des Nations Unies.  Bernard m’a également rappelé que les organisations paysannes haïtiennes ont travaillé durant deux ans dans tout le pays afin d’établir leur Cahier de Revendications Economiques, Environnementales, Sociales, Politiques et Culturelles ; attirant l’attention sur le fait qu’Il ne s’agit pas de doléances.  Il s’agit de leurs droits !

 [1] Pour plus d’informations sur la création d’ITECA, se référer aux documents d’histoire.

Claudette Antoine Werleigh

L’organisation de femme qui ambitionne de développer la commune de Cavaillon

Le 8 mars 2000, l’Organisation des femmes en action à Pliché (OFAP) a vu le jour à la quatrième section de Cavaillon. Cette institution combine agriculture et promotion des droits des femmes

Il est environ 11 heures du matin. Des femmes font un incessant va-et-vient entre une fontaine et des barils vides disposés sur une plantation. Elles sont environ une vingtaine assignée à cette tâche pour le jour. Mais en réalité, l’Organisation des femmes à Pliché (OFAP) regroupe 108 femmes de divers âges. « Nous formons 10 groupes. Du lundi au vendredi, 2 groupes de femmes accomplissent les travaux respectifs qui leur ont été confiés en réunion, explique Rosita Naissant, un membre de l’organisation. […] Si deux groupes arrosent un jour, deux autres sarcleront le lendemain.»

Pliché vit essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Et pendant longtemps, ce sont les hommes qui ont été au-devant de la scène, dès qu’il a été question de travailler la terre. « Les femmes se chargeaient de cuisiner et de vendre les récoltes », se rappelle Louise Naissant, ancienne Directrice de l’école presbytérale de Pliché. « Aujourd’hui, continue celle qui a fondé l’OFAP, nous pouvons manier les roues au même titre que les hommes. » Pour celle qui a initié l’organisation après 16 ans dans l’enseignement, labourer et planter offrent des opportunités économiques. « J’ai voulu que les femmes soient autonomes dans la gestion des ressources de la terre», avance Louise.

Un bâtiment entouré d’une vaste plantation de pépinières accueille les rencontres hebdomadaires programmées pour statuer sur les différents projets de l’organisation. L’espace commun de travail de l’OFAP s’étend sur plusieurs carreaux. On y trouve des centaines de caféiers, de citronniers, de cèdres, de bananiers et d’autres plantules. « Pendant plusieurs années, nous avons mis ensemble nos maigres moyens pour acquérir ce terrain au prix de 20 000 gourdes », soutient Saintalia Pierre qui a été élue coordonnatrice générale de l’organisation le 8 mars dernier. « En 2016, l’Oxfam nous a construit ce local dans le cadre d’un projet en réponse à l’ouragan Matthew ».

Un modèle de solidarité

Après la récolte, les membres de l’OFAP vendent les denrées, mettent de l’argent de côté et achètent ensuite de nouvelles plantules. Puis, elles partagent les bénéfices. «Cela nous permet de pérenniser le travail et d’avoir toujours un peu d’argent en poche », déclare Saintalia.

Des femmes font un incessant va-et-vient entre une fontaine et des barils vides disposés sur une plantation.

 Par ailleurs, les différentes activités de l’organisation constituent un appui pour les familles. Yolette Louis-Jeune, un autre membre, avance que c’est son mari qui s’occupe des plantules, des semences ou des animaux qu’elle rapporte à la maison. Clemelide Jemiel, une femme frisant la soixantaine, affirme que son mari a progressivement compris l’importance des initiatives de l’OFAP. En plus, ses enfants l’accompagnent au jardin durant les vacances.

L’organisation confie aux femmes selon leur vulnérabilité, des brebis et des chèvres qu’elles doivent remettre seulement après accouchement. « Les petits nous reviennent de droit. Ainsi, nous pouvons constituer notre propre bétail. Ce qui nous procure une certaine autonomie financière», précise la coordonnatrice.

Selon Louise Naissant, l’OFAP n’a pas de financement externe. C’est ensemble que les membres font face aux difficultés. Dans cette optique, un frais de 30 gourdes est exigé des participantes lors des réunions hebdomadaires afin d’alimenter un mutuel qu’elles ont formé. « En cas de difficulté, un membre pourra facilement prêter de l’argent à un taux de remboursement de 2% », prolonge-t-elle.

 Un pari contre la violence basée sur le genre

Les violences conjugales et le viol étaient fréquents dans la zone avant l’existence de l’OFAP, confient les membres de l’organisation. Elles ont dû inscrire cette thématique dans la liste de leurs priorités.

 A la requête de l’OFAP, des formations basées sur l’équité de genre ont été réalisées conjointement avec des organisations non-gouvernementales pendant plusieurs années. «Nous savons aujourd’hui que personne n’a le droit de lever la main sur nous. Si cela arrive, nous pouvons poursuivre l’agresseur en justice. Et nous savons aussi que la loi nous donne droit à un avocat même quand nous n’avons pas d’argent », admet Yolette Louis-Jeune. Grâce à ces formations, ajoute-t-elle, les cas de violences faites aux femmes ont été réduits à Pliché.

Pour le retour du café à Cavaillon

A cause du déboisement, le café qui représentait la principale production agricole à Cavaillon a disparu depuis quelques années  expliquent des membres de l’OFAP. L’ouragan Matthew a aussi ravagé, en 2016,  plusieurs plantations de cafés dans la commune. L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon. « C’est le nouveau défi que nous voulons relever », lance fièrement Louise Naissant.

L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon. « C’est le nouveau défi que nous voulons relever », lance fièrement Louise Naissant.

Parallèlement, la région du Sud est frappée par une sévère sécheresse qui inquiète les paysans. L’OFAP pense avoir trouvé une alternative à la situation. « Nous avons opté pour le modèle de jardin agro forestier. C’est une méthode qui permet de produire en un même jardin, des fruits, des cultures vivrières et des arbres forestiers. Elle protège le sol et permet d’avoir des récoltes pendant toute l’année», continue, cette fois, Rosita Naissant.

L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon.

L’organisation place la relance du café parmi les réalisations qui devront marquer son vingtième anniversaire. Pour y parvenir, les femmes ne ménagent plus leurs efforts. « Nous  transportons l’eau sur nos têtes pour arroser nos différentes espèces de caféiers régulièrement. Nous œuvrons pour canaliser cette eau jusque vers les plantes afin de ne plus avoir à la transporter», ajoute Rosita.    

Malgré les difficultés liées au financement, l’influence de l’organisation s’en va grandissant. Les retombées attirent aussi de nouveaux membres. «Sans, le support de l’OFAP, je n’aurais pas pu posséder du bétail. Aujourd’hui je peux vendre et acheter des plantules pour ma famille sans attendre le soutien de l’Etat», conclut Clemelide Jemiel, qui est la plus âgée de l’organisation.

 

Ce texte est écrit par la journaliste Laura Louis  qui a remporté le premier prix de la catégorie presse écrite du concours « Prix Jeune Journaliste en Haiti » organisée par l’Organisation Internationale de la francophonie (OIF).   

Laura Louis est journaliste a Ayibopost et étudiante finissante a l’Université d’Etat d’Haiti.

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