Projet d’Appui au Relèvement dans 5 communes du Sud (PARECOM) | Un outil participatif de réponse post-séisme

L’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA), en soutien aux communautés paysannes, met en œuvre le Projet d’Appui au Relèvement dans 5 communes du département du Sud (PARECOM). Ce projet vise à contribuer à la réduction de façon durable de la vulnérabilité de la population de 5 communes : Aquin, Cavaillon, Cayes, Maniche et Saint-Louis du Sud, considérablement touchées par le séisme du 14 août 2021. Des paysans et paysannes (1244 dont 569 femmes) issus de 12 communautés et appartenant à 42 associations paysannes sont directement touchés.es par l’action du PARECOM.

Ce programme recherche une consolidation de l’économie paysanne en s’appuyant sur trois (3) composantes opérationnelles. D’abord, l’appui aux urgences et au développement agricole durable par l’introduction de nouvelles pratiques culturales au niveau des micro-bassins versants, et d’autres cultures à forte valeur ajoutée. Ensuite, il contribue au relogement de familles paysannes. Et enfin, à travers le volet Environnement et GRD, il s’agit de sensibiliser/former des acteurs communautaires sur la problématique environnementale et de susciter une dynamique devant aboutir à la construction de plans de protection/mitigation.

Le PARECOM intervient dans un contexte où les saisons (pluvieuses et sèches) deviennent de plus en plus irrégulières en Haïti en raison des effets des changements climatiques. Il a permis d’accompagner des agriculteurs dont les récoltes sont soumises aux variations saisonnières au niveau de trois (3) campagnes agricoles, avec comme principales activités :

  1. L’acquisition et la distribution de semences, d’outils agricoles, de plantules fruitières et forestières ;
  2. La mise en place de jardins agroforestiers, maraîchers, et de parcelles de riz ;
  3. Et l’appui à la mise en place d’ouvrages anti érosifs (seuils en pierres sèches, rampes vivantes, clayonnage.

Ces différentes activités concernent la première et la troisième composante, respectivement pour les sous-composantes « Appui aux campagnes agricoles et Protection des sols et de l’environnement ».

Le programme PARECOM s’étend sur trois (3) ans et sa mise en œuvre se réalise avec l’appui des autorités locales et des services déconcentrés de l’État.

La campagne agricole de l’hiver 2022 a reçu l’appui de Développement et Paix, FOKAL et Mennonite Central Committee (MCC). En outre, la mise en œuvre de manière globale du PARECOM pour la première année et pour l’année 2023 a bénéficié également du soutien de : Agence Française de Développement (AFD), CCFD-TS, Manos Unidas, Broederlijk Delen, Fondation Roncalli et du MRIF (Gouvernement du Québec).

Saison cyclonique: l’ITECA mobilisé auprès des communautés

Formation en GRD pour les membres du Comité Local Protection Civile dans la localité de Mare-Henri

Le mois de juin marque l’ouverture officielle de la saison cyclonique qui s’étend jusqu’au 30 novembre 2022. Haïti, en raison de sa position dans le bassin des Caraïbes (lui-même situé dans l’océan Atlantique (Nord) et près du golfe du Mexique) est, durant cette période, exposée aux évènements cycloniques. Pour cette année, l’Unité Hydrométéorologique d’Haïti (UHM) a prévu dix-neuf (19) tempêtes tropicales dont neuf (9) ouragans avec quatre (4) pouvant évoluer en ouragans majeurs, de catégorie 3 ou plus, avec des vents de 185 km/h selon l’UHM. Environ six (6) des dix (10) départements géographiques du pays sont susceptibles d’être affectés par ces évènements cycloniques notamment le Nord, le Centre, l’Artibonite, l’Ouest, le Sud-Est et la Grande-Anse.

L’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) avec la Gestion des Risques et des Désastres (GRD) comme axe stratégique d’intervention, travaille au renforcement des capacité des communautés rurales et des autorités locales pour une meilleure gouvernance en GRD afin de réduire les vulnérabilités et augmenter la résilience communautaire. A travers plusieurs programmes, principalement ‘’Réponse aux Risques pour un Développement Durable’’ (R2D2) financé par l’Agence Française de Développement (AFD) ; également le Programme d’Appui à la Gouvernance Décentralisée (PAGODE) bénéficiant de l’appui financier de l’Ambassade de Suisse et d’autres actions mises en œuvre avec le financement de l’Ambassade de France, l’ITECA contribue au renforcement de préparation et de réponse des communautés aux risques cycloniques.

En partenariat avec la Protection Civile, plusieurs actions sont conduites dans le Sud et le Centre : mise en place de CLPC (4) / CCPC (5), formation et distribution de matériels d’intervention en réponse aux urgences. D’autres actions du même type sont en perspective avec un appui de Cités Unies de France (CUF)

L’ITECA restera mobilisé pendant toute la saison cyclonique auprès des communautés bénéficiant de son accompagnement. Et en étroite collaboration avec les instances locales de la Protection Civile et les autorités locales, il contribuera en cas de catastrophes aux réponses de manière adéquate et efficace.

PLAIDOYER POUR L’INTÉGRATION DES OSC HAITIENNES DANS LE SNGRD

Le 19 avril 2022, à l’Hôtel MONTANA, le Dispositif “Réponses aux Risques pour un Développement Durable” (R2D2) regroupant ADEMA-ITECA-Veterimed et soutenu par l’Agence Française de Développement (AFD), a organisé un atelier de plaidoyer pour la participation des organisations de la société civile haïtienne (OSC) dans la gestion des risques et des désastres (GRD) et leur intégration dans le système national de gestion de risques et de désastres (SNGRD).

Les participants.es à cet atelier, environ une trentaine, représentant des OSC locales et avec la présence de quelques ONG internationales et d’OCHA, sont d’avis que les OSC ont un rôle important à jouer dans la gestion des risques et des désastres, en amont ou avant (prévention, préparation), pendant (opération de secours, assistance aux victimes) et en aval ou après (dans le relèvement et la poursuite des activités de développement). Ils.elles croient également que les OSC, quoique certaines intègrent déjà le SNGRD au niveau local et communal, doivent s’insérer dans la structure du système au plus haut niveau décisionnel pour pouvoir influencer les politiques en matière de gestion des risques et des désastres dans le pays. Néanmoins, ils.elles reconnaissent que certaines barrières doivent être franchies par les OSC locales, telles que :

  • Leur faible capacité technique et opérationnelle dans la gestion des risques et des désastres
  • La faiblesse en matière de gestion administrative et financière touchant nombre d’entre elles
  • Leurs difficultés à s’adapter aux procédures de financement des bailleurs de fonds

Le plaidoyer doit aussi viser un meilleur équilibre dans la relation entre ONG internationales et OSC nationales. Et l’objectif visant la localisation de l’aide – comme l’exemple constitué par le Dispositif R2D2 – doit être promu ou vulgarisé.

Tous.tes les participants.es à l’atelier ont estimé que le dispositif R2D2 doit, d’une part, s’ouvrir à d’autres OSC et, d’autre part, constituer un outil de facilitation pour l’intégration des OSC nationales au SNGRD à l’exemple de l’AGERCA qui représente les entreprises privées.

En effet, le Dispositif R2D2 est une initiative pilote qui vise à :

a) constituer un vivier d’opérateurs locaux en capacité de répondre professionnellement et rapidement à une catastrophe naturelle ou à un évènement climatique grave et leur permettre ainsi d’agir de façon efficace et rapide en cas d’événement de ce type;

b) renforcer les capacités (administratives, financières, logistiques, gestion de projet, réduction de risque de catastrophes) et améliorer les moyens d’exercice (humains et matériels) de ce vivier dans la durée;

c) mener des actions préventives et d’adaptation aux changements climatiques et intégrer la démarche RRC dans les pratiques opérationnelles des OSC haïtiennes. L’aire d’intervention du dispositif couvre pour l’instant 9 des 10 départements géographiques du pays.

Renforcement de l’équipe locale du Sud de l’ITECA pour une réponse d’urgence plus efficace aux victimes du séisme du 14 août 2021

Le 19 août, cinq jours après le séisme, l’équipe locale du Sud de l’ITECA est renforcée en personnel et au plan logistique pour une meilleure efficacité de la réponse d’urgence aux victimes du séisme du 14 août dernier dans le département du Sud.

L’équipe a rapidement visité les communautés et les acteurs communautaires qui sont nos partenaires à Dory (2ème Section communale de Maniche) et à Martineau, particulièrement Bercy (2ième Section communale de Cavaillon). Ces territoires ont été sévèrement touchés par la catastrophe.

Passage de l’équipe d’intervention de l’ITECA à Cavaillon. CP: Service de communication et de Plaidoyer (SCOP)

Jean Eliton Dorcenat, coordonnateur du CASEC de Dory, a révélé que les maisons composant les 44 habitations de sa section communale ont été presque toutes détruites par le séisme.

« Une partie de notre système d’alimentation en eau qui desservait toute la section a été endommagée lors du cyclone Matthew. Le séisme a détruit l’autre qui alimentait le centre de Dory », poursuit-il. 

Entretien entre l’équipe d’intervention de l’ITECA avec les autorités de Dory. CP: Service de communication et de Plaidoyer (SCOP)

Une première réponse d’urgence constituée de bâches, de bidons d’eau potable (18,92 litres) et de kits d’hygiène a été remise aux autorités locales de Cavaillon et de Maniche le 22 août dernier. 

 « C’est avec un sentiment de gratitude que nous accueillons le geste de l’ITECA en faveur de la commune de Cavaillon. ITECA est une institution qui s’est toujours mobilisée pour Cavaillon. On se souvient encore de ses efforts pour nous venir en aide après le cyclone Matthew. En ces moments difficiles, ITECA est encore avec nous » a souligné le Maire Assesseur de Cavaillon, Jean Marie Naissant. 

Première réponse d’urgence de l’ITECA dans les communes de Cavaillon et de Maniche

ITECA renforce donc sa présence pour un plus large appui technique aux structures de gouvernance locale de la Protection Civile et pour une mobilisation permanente auprès des communautés paysannes et les acteurs communautaires. 

À Dory, 2ième section communale de Maniche, le Comité Local de Protection Civile (CLPC) est mobilisé auprès des victimes du séisme du 14 août 2021

Le samedi 14 aout dernier, Edmond Saintius et l’un de ses fils se sont réveillés dès 5 heures pour se rendre dans leur jardin situé à plusieurs kilomètres du centre de Dory, deuxième section communale de Maniche. Ils marchaient depuis au moins trois heures lorsque, brusquement, ils ont ressenti une secousse qui a provoqué un éboulement de terrain.

« Paniqué, le petit garçon a voulu me rejoindre. Mais, je lui ai interdit en lui faisant savoir qu’il s’agit d’un tremblement de terre », dit-il. Quelques secondes plus tard, le calme est revenu.

À son retour, Edmond a été traumatisé par l’ampleur des dégâts causés. Sa maison a été complètement détruite par le séisme.

La maison d'Edmond détruite par le séisme. CP: Service de communication et de Plaidoyer
La maison d’Edmond détruite par le séisme. CP: Service de communication et de Plaidoyer

La section communale de Dory compte 24 morts et une cinquantaine de blessés suivant le bilan partiel établi par le Centre d‘opération d’urgence départemental (COUD) du Sud. Les modestes maisons construites à base de mortier mélangeant de l’eau avec du sable et soutenues par des poteaux en bois n’ont pas résisté à l’assaut des secousses. Les colonnes de l’Église Saint-Pierre Claver qui s’apprêtaient à célébrer ses 110 années de son existence ont plié.     

Edmond est membre du Comité Local de la Protection Civile (CLPC) de Dory. Cette structure a été mise en place dans la section communale en avril dernier dans le cadre du projet « Réduction aux Risques pour un développement Durable (R2D2) » qui est financé par l’Agence Française de Développement (AFD). Ce projet vise à réduire la vulnérabilité des communautés rurales face aux aléas naturels, à améliorer la connaissance des risques tout en contribuant à répondre aux urgences.

Le CLPC s’est rapidement mobilisé et le COUL a été activé en vue d’assister les victimes de la communauté. Edmond rejoint les autres membres du comité après avoir retiré ses objets essentiels sous les décombres,  

Les ruines de l’Église Saint-Pierre Claver. CP: Service de Communication et de Plaidoyer (SCOP)

Au centre de Dory, ils se sont solidarisés avec les familles victimes dans la célébration des funérailles. À Verrier, une localité de la section communale, le constat a été alarmant selon Edmond.

« Les cadavres se décomposaient à notre arrivée. Des habitants les transportaient à dos d’homme pour aller les ensevelir, car il n’y avait pas de cercueil. Nous avons remarqué que cette méthode comportait un risque. Nous les avons aidés à creuser des fosses », explique Edmond. Les blessés ont été transportés à l’Hôpital Bonne-Fin situé dans la commune de Cavaillon.  

Témoignage d’Emond Saintius, un habitant de Dory

Immédiatement après le séisme, l’ITECA a renforcé son équipe déjà présente dans le département du Sud. Une première réponse d’urgence constituée de bâches, de bidons d’eau potable (18,92 litres) et de kits d’hygiène a été remise aux autorités de la Section communale.

Le Coordonnateur principal du Conseil d’Administration de la Section Communale (CASEC) et membre du CLPC, Jean Eliton Dorcenat, a salué l’accompagnement reçu de l’ITECA.  

Lancement d’un projet visant à mettre en place 4 Comités Locaux de Protection Civile (CLPC)

Port-au-Prince, le 13 janvier 2020._ La Direction Départementale de la Protection Civile du Sud, en partenariat avec l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA), l’Ambassade de France et l’Agence Française de Développement(AFD), procède au lancement d’un projet visant à mettre en place 4 Comités Locaux de Protection Civile (CLPC) dans les sections communales de Fonfrède (2ème) et de Laurent (4ème) de la commune des Cayes, de la 2e section Dory de la commune de Maniche et de la 4e Section Mare Henry de la commune de Cavaillon.

L’évènement se déroulera le 14 janvier 2021 au local de la Direction Départementale de l’Agriculture du Sud (DDAS) en présence des Autorités locales, de plusieurs acteurs de la société civile et des médias.

L’objectif de ce projet vise à réduire la vulnérabilité des communautés rurales face aux aléas naturels à travers la mise en place, l’accompagnement des Comités Locaux de Protection Civile (CLPC) et l’amélioration de la connaissance des risques.

Par conséquent, il tend à : renforcer les capacités opérationnelles et techniques des structures de la Protection civile ;  doter  les acteurs de la capacité à disposer des informations minimales sur les vulnérabilités de leur communauté afin de proposer des actions en vue de les réduire et qu’ils participent activement à la construction de synergie ou d’espaces de concertation en matière de GRD/ACC.

Ce projet s’insère dans le cadre de la thématique transversale de l’ITECA sur la Gestion des risques et des désastres et l’adaptation au changement climatique (GRD/ACC), intégrée dans le Plan stratégique 2019-2023 de l’ITECA.  

Contact presse :

DPC Sud
M. Guillaume Sylvera Coordonnateur Technique
Protection civile du Sud
Pou ITECA
Ing. Agr. Wilphana Rousseau
Responsable de la Gestion des risques des des désastres
iteca.grd@gmail.com | 41544381 • 37587702

Yon ti rale sou istwa òganizasyon popilè ak mas yo nan peyi Dayiti

Sòti nan ane 1978, 79 ak 80 pou rive nan ane 2020, òganizasyon ak mouvman popilè yo te koumanse ap pran chè nan tout peyi a, kote te gen anpil peyizan ki te konn al pran fòmasyon nan enstitisyon tankou IDEA, ITECA, MPP, EKIP MISYONÈ JANRABEL, BOCHAN, elatriye.

Avèk tout fòmasyon peyizan yo t ap resevwa nan diferan enstitisyon sa yo, san konte kèk lòt enstitisyon ki t ap travay nan milye lavil yo tankou GATAP, konsyans peyizan ak mas defavorize nan bidonvil yo te koumanse parèt klè kon dlo kòk.

Se konsa yo te konn chita pa gwoup 10, nan chak bitasyon, pou:

  1. reflechi sou pwoblèm,
  2. chache solisyon posib,
  3. epi voye lèt nan tout stasyon radyo pou fè tande revandikasyon yo, ki se: 
  • bon Edikasyon,
  • bon jan Alfabetizasyon,
  • bon jan Dlo potab,
  • Sante pou tout moun, san diskriminasyon,
  • yon sèl Batistè pou tout sitwayen Ayisyen,
  • bon jan Refòm Agrè ak tè Leta pou peyizan travay
  • bon jan Ankadreman,
  • mete tout rivyè kap koule ale nan lanmè, nan sèvis agrikiltè pou rouze tè pèyizan yo,
  • jete pon sou tout rivyè k ap bwote moun al jete nan lanmè,
  • amenaje mache piblik yo,
  • sispann fè peye pakèt lajan pou lesepase zannimo, elatriye…

Reyaksyon Otorite yo:

Fas a revandikasyon pèp la, chèf seksyon, choukèt lawouze ak tonton makout fè pèp la moute nechèl pa do.  Depi lè sa a, se te arestasyon ilegal, chak jou, maspinay, anprizònman tribò pa bò.

Zago loray yo pa janm sispann maspinen epi maltrete kèlkeswa moun, oubyen gwoup moun, yo jwenn kap plenyen mizè yo.

Sou Duvalier, chèf seksyon ak tonton makout t ap fè ratibwazay : arestasyon, disparisyon, baboukèt, elatriye.  nan milye peyizan yo.

Nan vil yo, te genyen zenglendo.

Nan katye popilè Site Solèy, yo manje Chalot Jacquelin.

Dènye gout dlo ki te ranvèse Duvalier, se asasina 3 elèv lekòl Gonayiv yo :

JEAN ROBERT CIUS, DANIEL IZRAEL ak MAKENSON MICHEL.

Malgre tout ratibwazay ak pikan kwenna ki te drese sou wout mobilizasyon ak revandikasyon mas popilè yo, te rive yon moman, diktati a pat ka kenbe ankò paske, jou aprè jou, mouvman revandikasyon mas pèp la t ap vin pi fò.

 

 

7 fevriye 1986 : “ke makak la kase”.

Anpil moun te konprann se yon revolisyon ki te fèt.  Podyab, se te byen konte mal kalkile. Pa t gen okenn preparasyon ki te fèt pou te ranplase chèf diktati a, lè l tonbe.

Se konsa lame Dayiti pran pouvwa a avèk Jeneral Henry Namphy nan tèt, jeneral Williams Regala, Prosper Avril, Alix Cineas, Max Valès e mèt Gerard Gourgue.

Lit pèp la pran yon lòt dimansyon.  Nan dezyèm faz sa a, revandikasyon yo kontinye pi rèd.  Gouvènman militè defakto a koumanse griyen dan l tankou yon lyon ki vle bwè san ti mouton.

23 jiyè 1987:  yo òganize masak ti peyizan Janrabel, youn nan pi gwo masak ki te janm fèt nan peyi a.

Apre sa, yo kraze kilti diri Latibonit ak konplisite gouvènman ameriken (Bill Clinton); yo fèmen Siman Dayiti, Minotri, tout izin sikriyè soti nan Nò pase pa HASCO, Dabòn, Santral Desalin Okay… Plis, yo detwi kokotye, sitris ak tout lòt kalite zab fwitye.

29 novanm 87:  yo fè masak Riyèl Vayan sou yon popilasyon, 2 men balanse ak bilten vòt nan men yo, pou al chwazi moun yo te vle pou dirije desten peyi a.

Apre sa, yo nonmen Pwofesè François Leslie Manigat St Rock pou yon ti bout tan.

Apre sa, yo flanke l yon koudeta. Henry Namphy pran pouvwa a pou kont li, kounye a.

Prosper Avril ki jal entelijan mitonnen yon koudeta nan baz lame a. Avèk Sèjan Hebreux, yo kapote Namphy.  Avril pwan pouvwa a, soti 88-89 pou rive debi ane 90.

Fen ane 89 pou 90, soulèvman popilè kapote Avril. Ertha P. Trouillot, youn  nan jij Kou Kasasyon, te vin ranplase l;

16 desanm 1990, premye eleksyon lib te fèt nan peyi a : se Jean Bertrand Aristide ki te ranpòte laviktwa nan eleksyon sa yo.

Jean Bertrand Aristide : Soti 7 fevriye rive septanm 90

Aristide fè 7 mwa sou pouvwa a.  Kèk chanjman te koumanse fèt.  Apre sa a, rès ke makak la, tonton makout degize ki te bò kote Aristide mete ak malfini lòt bò dlo, tout mete ansanm, yo ranvèse Aristide : represyon sistematik repran jarèt pi rèd.  Chèf seksyon ki te nan mawon, choukèt lawouze, tonton makout retounen ak kostim ble yo pi rèd, alòske mas popilè, yo menm, nan mawon.

Nou kapab di : depi Duvalier jis rive jounen jodi a, chak gouvènman ki moute sou pouvwa, represyon an pran yon lot fòm :

KONSEKANS :

Disparisyon tout pwodui lokal nou yo tankou Kochon kreyòl, diri latibonit, kokotye, siman Dayiti, minotri, izin, sikriyè, elatriye.

« Egzòd riral » : Abitan depeyize rantre lavil, anpil animatè peyizan kite peyi a, yo ale nan lòt peyi tankou : Brezil, Chili, Repiblik Dominikèn, Baamas, Etazini, elatriye.

Lòt KONSEKANS toujou : lavi chè, lajan ayisyen: goud la pèdi tout valè li.

Jodi a, mo zenglendo a pa egziste ankò. Se kidnapin, gang ame, espesyalman nan kapital la, Pòtoprens (tou pre Palè nasyonal) 

Men kèk ti pwogrè ki fèt aprè 7 fevriye 1986:

1    Baboukèt la tonbe,

2- yon sèl batistè pou tout Ayisyen (pa gen youn pou peyizan, youn pou moun lavil)

3- gen plis fanm nan administrasyon Leta yo

4- sendika yo kapab òganize yo, menm si yo pa p tande yo,

5- anplwaye Leta yo gen dwa kanpe travay pou reklame dwa yo

6- pouvwa Lejislatif la fonksyonèl, menm si li andegraba

7- gen yon swadizan Konsèy elektoral pwovizwa, menm si se yon maryonèt nan men swadizan moun kap dirije yo ak kominote entènasyonal la, espesyalman Etazini

8- eleksyon demokratik te rive fèt nan peyi a, menm si se yon sèl fwa an 1990 (7 mwa apre pentad ak malfini te konplote ansanm, yo te kraze espwa demokrasi sa a)

9- nan kesyon kat mache, malere te vin rale yon ti soufss

10- yon pon sou 3 rivyè nan Nòdwès

11- ti peyizan vin okipe bon pati nan tè Leta yo

12- retablisman relasyon diplomatik ant Ayiti ak Kiba

13-Leta rive bay kèk lekòl nasyonal ak lise, kèk kote nan peyi a: ekzanp lise Remon, youn nan pi bèl atravè tout peyi a

 

Silasso Jean-Baptiste ak Fadinier Jean-Louis

HAÏTI – Séisme| 10 ans après? Quelles leçons ? Quelles propositions nouvelles ?

Le 12 janvier 2020 marque une décennie du séisme dévastateur. C’est la vie de tout un peuple qui a basculé en 35 secondes, malgré le fait que les destructions ont principalement frappé une partie de la capitale du pays, Port-au-Prince et des villes avoisinantes.

10 ans après, des images poignantes et choquantes du drame hantent encore tous les esprits. La société entière dans toutes ses composantes a été touchée et profondément troublée par l’ampleur de la catastrophe : 300,000 morts, autant de blessés, 1,5 millions de sans-abris, plus de 200,000 habitations détruites ou endommagées, 500, 000 déplacés vers des villes de province… Le pays a osé rêver d’un avant et d’un après 12 janvier 2010.

10 ans après, le nouveau regard que la société haïtienne se devait de jeter sur elle-même ne s’est pas concrétisé. L’exigence admise – tout au moins reconnue – par tous les secteurs pour l’avènement d’un nouveau leadership étatique est devenue pure illusion.

10 ans après, le pays n’est pas sorti des décombres. Quelles leçons en tirer ? Et quelles propositions nouvelles ?

Une première leçon : le souvenir de nos morts est confronté à l’épreuve de l’oubli

Le 12 janvier 2020 qui marque l’anniversaire de la décennie du séisme permet un retour dans l’espace public d’un discours mémoriel mêlant tristesse et nostalgie, pleurant la mort de masse et le souvenir des absents. Il convient, cependant, d’admettre qu’au cours de cette décennie il y a eu au plan collectif trop d’oubli de la mémoire des victimes. Quelques groupes ont bien compris et, de ce fait, sont restés de manière constante, permanente attachés à l’exigence de remémoration. Mais collectivement le souvenir de nos morts s’est trouvé malheureusement confronté à l’épreuve de l’oubli. Même les mouvements sociaux et populaires se sont éloignés de la dimension réflexive sur le séisme qui devait faciliter la compréhension de ses causes profondes afin de mieux se préparer pour répondre aux risques et aléas futurs.

10 ans après, nos organisations et institutions signataires de la présente réaffirmons que le souvenir des victimes et la mémoire de nos morts demeurent un impératif de lutte indispensable à partager dans l’espace public.

10 ans après, nos organisations et institutions signataires de la présente réaffirmons que le souvenir des victimes et la mémoire de nos morts demeurent un impératif de lutte indispensable à partager dans l’espace public. Cet impératif participe de la lutte globale d’émancipation du peuple haïtien et de l’émergence d’une citoyenneté nouvelle. En ce sens, il s’éloigne forcément des pratiques religieuses fondamentalistes qui renvoient l’explication du séisme à un mal absolu constitué par la malédiction ou l’intervention de Satan.

10 ans après, le déficit de construction  d’une mémoire socialement juste de nos victimes doit être comblé. Puisque le séisme reste le champ mémoriel le plus puissant capable de forger un dessein collectif autour d’un nouveau présent pour un meilleur avenir.

Une deuxième leçon : le pari manqué de la reconstruction ou de la refondation

Une fois apaisé le moment de forte stupeur et de vives émotions suscités par les souffrances et les innombrables pertes en vies humaines, des débats se font jour autour d’un questionnement majeur : comment transformer en opportunité ce drame inqualifiable qui a frappé des millions de femmes et d’hommes au niveau de toutes les couches sociales du pays ?

Très vite une opposition vient à s’établir entre reconstruction et refondation. Reconstruction viserait d’abord et avant tout la remise en état, la réhabilitation des infrastructures détruites. Alors que refondation désignerait un processus global qui façonnerait un nouveau mode de rapports sociaux conduisant à la déconstruction de l’ordre établi.

L’intérêt d’une telle opposition a été de rappeler que le séisme comme phénomène naturel reste potentiellement déclencheur de dégâts et de destructions. Mais l’ampleur ou la gravité des pertes reste tributaire de facteurs anthropiques, de la capacité de préparation, de réponse et de gestion des risques et aléas naturels.

10 ans après, le débat entre reconstruction et refondation suscité par la mort de masse vécue par notre société n’a pas permis de tracer les contours d’autres choix tournant vers un nouvel avenir pour le pays. Moins de 2 ans après le drame, il s’est même opéré un virage politico-mafieux qui allait accoucher de l’un des gouvernements les plus corrompus de notre histoire. La dilapidation de fonds internationaux destinés au développement du pays et le pillage de la caisse publique sont, entre autres, les crimes marquant une nouvelle ère de corruption dans l’histoire de ce peuple. Le pays est aujourd’hui administré par un Etat fantôme incarnant des intérêts criminels et mafieux, tirant principalement sa légitimité du soutien ou de la bienveillance des tuteurs internationaux.

10 ans après,  le pari de la reconstruction ou de la refondation est désormais installé dans les marges de l’espace public.

10 ans après,  le pari de la reconstruction ou de la refondation est désormais installé dans les marges de l’espace public. Et ce pari manqué s’est aggravé de l’échec global de la gestion post-séisme.

Une troisième leçon : l’échec de l’humanitarisme débridé dans la gestion post-séisme

Le séisme du 12 janvier 2010 a suscité un peu partout à travers le monde des élans de solidarité et de compassion. Une mobilisation internationale sans précédent a provoqué l’intérêt pour Haïti et une générosité massive des peuples.

Il est fondamental de rappeler que la communauté nationale n’avait pas attendu l’aide internationale pour se mobiliser. La solidarité inter haïtienne a été exemplaire. La majorité des vies sauvées des décombres a été le fait des efforts locaux avec peu de moyens et de manière inexpérimentée. La paysannerie a encore payé au plan économique l’un des tributs les plus élevés en accueillant des centaines de milliers de déplacés ou rescapés fuyant la capitale, Port-au-Prince. Les statistiques officielles n’établissent aucun bilan de ces sacrifices livrés par la paysannerie.

Dans un climat quasiment de vide de pouvoir, la gestion post-séisme allait être immédiatement accaparée par la coopération internationale marginalisant ou mettant purement ou simplement à l’écart les acteurs locaux. Des milliers d’acteurs humanitaires  ignorant dans leur grande majorité tout de l’histoire sociale du pays – et souvent même son positionnement géographique – arrivaient et conduisaient des actions de toute nature. Cet humanitarisme débridé venait à être marqué par 4 tendances lourdes :

  • Tout paraissait se ramener à la réponse humanitaire avec des interventions largement inadaptées, coûteuses dans le cadre d’un effort de coordination insuffisant et excluant les acteurs nationaux (l’anglais n’était-il pas la langue de travail des clusters ?).
  • La phase dite de reconstruction tiraillée entre 2 structures : la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) constituée par Arrêté Présidentiel en avril 2010 et co-présidée par le Premier Ministre haïtien d’alors, Jean Max Bellerive, et l’ancien Président des Etats-Unis Bill Clinton et un fonds multi bailleurs, le Fonds de Reconstruction d’Haïti créé auprès de la Banque Mondial qui devait financer les actions dans le cadre du PARDN avec ses 4 piliers : refondation territoriale, refondation économique, refondation sociale, refondation institutionnelle.
  • L’opacité totale dans la gestion des fonds portant tant sur la phase d’urgence que celle de reconstruction. 10 ans après, il est difficile de déterminer les instances en charge de la reddition de comptes portant sur l’ensemble des projets financés dont il est quasiment impossible d’identifier un cas à succès.
  • L’impossibilité d’établir un réel bilan entre les effets d’annonce et la réalité des montants décaissés. Les dégâts causés par le séisme ont été évalués à 7.8 milliards de dollars, soit 121% du PIB de 2009. Les promesses internationales s’élevaient à 12.4 milliards. Quel a été le montant des décaissements ? Et quel en a été surtout le pourcentage réel fourni au pays ? Incontestablement, le Venezuela est l’un des rares pays qui a directement soutenu l’Etat haïtien à travers le programme Petro Caribe. C’est pourquoi la dilapidation des fonds dudit programme par les différents Gouvernements qui se sont succédé au pouvoir ne doit pas rester impunie.

10 ans après, l’image des camps a bien sûr disparu. Mais le double échec de la réponse humanitaire et des efforts de reconstruction nous laissent un pays toujours sous les décombres. Quelles propositions nouvelles pouvant ouvrir la voie à une perspective alternative ?

Une première proposition : la mémoire des victimes doit devenir pratique sociale

La dévastation déchirante engendrée par le séisme du 12 janvier 2010 est l’un des rares évènements de notre histoire capable de rassembler notre peuple et la nation, sans occulter les contradictions et inégalités sociales, ainsi que le poids des rapports de domination néocoloniale. La mort de masse vécue par tout un peuple constitue d’ailleurs par elle-même un désaveu irréfutable à l’ordre existant des choses. Il nous faut définitivement et collectivement conférer un statut à cette mémoire pour qu’elle devienne pratique sociale. Oublier cette mémoire, c’est l’oubli même des injustices qui ont rendu possible l’ampleur des catastrophes. La mémoire comme pratique sociale intègre donc un triple enjeu fondamental :

  • La permanence des commémorations qui sauvent la mémoire des victimes de l’oubli.
  • L’intérêt d’instituer ou de préserver des repères qui rendent compte de la mémoire au présent. En ce sens, il s’avère indispensable de lutter pour protéger le Mémorial de Martissant qui constitue, au demeurant, le seul poumon vert de ce quartier. Nous devons nous mobiliser pour que l’Etat institue un Mémorial digne de nom dans la zone de Ti Tanyen où sont enterrées des dizaines de milliers de morts.
  • Et l’organisation du travail mémoriel au plan civique et éducationnel.

La mémoire comme pratique sociale viendra nous rappeler sans cesse le défi permanent à réinventer les rapports sociaux dans notre pays.

La mémoire comme pratique sociale viendra nous rappeler sans cesse le défi permanent à réinventer les rapports sociaux dans notre pays.

La deuxième proposition : Construire enfin un Etat

Le 12 janvier 2010, il a été permis de constater l’impuissance totale de l’Etat face aux conséquences de l’une des plus graves catastrophes naturelles connues dans le monde. La coordination de l’aide ou la réponse humanitaire s’est faite sans les autorités haïtiennes. La faiblesse de l’Etat le rendait également incapable d’orienter et de conduire les efforts de reconstruction. Rappelons qu’historiquement il n’y a jamais eu un Etat qui soit réellement sensible à l’amélioration des conditions de vie des citoyennes et des citoyens dans le pays.

10 ans après, cet Etat faible laminé par les effets des programmes d’ajustement structurel imposés depuis plus de 30 ans devient totalement fantomatique. Il est aujourd’hui confisqué par des groupes politico-mafieux  et se trouve aux ordres des intérêts étrangers et oligarchiques.

10 ans après, l’appel qui a été lancé dans la période post-séisme pour que le pays dispose enfin d’un Etat faisant montre d’un leadership nouveau et transformateur est plus qu’actuel. Ce leadership étatique alternatif appelé de tous ses vœux par la population ne sera pas possible sans la refondation de la société civile haïtienne.

La troisième proposition : l’impératif de la refondation de la société civile

L’importance acquise par la solidarité inter haïtienne qui s’est exprimée immédiatement après le séisme ne doit pas occulter la faible capacité de réponse de la société civile organisée. Les acteurs sociaux et populaires qui ont servi de levier dans la période post duvaliériste à sa structuration sont entrés dans une phase de décomposition depuis la fin des années 90. Ce processus n’a fait que s’accélérer. Le temps du fétichisme des mouvements et des grandes organisations sociales est désormais révolu.

10 ans après, une dynamique nouvelle des luttes sociales et populaires est à inventer. Des orientations politiques et idéologiques nouvelles doivent s’affirmer. Des formes alternatives de structuration et d’institutionnalisation des luttes sociales deviennent indispensables.

10 ans après, la recomposition de la société civile autour de nouveaux acteurs et de nouveaux objectifs de lutte est la seule réponse sociale apte à favoriser un nouveau champ d’expériences et un nouvel horizon tourné vers l’avenir.

10 ans après, la recomposition de la société civile autour de nouveaux acteurs et de nouveaux objectifs de lutte est la seule réponse sociale apte à favoriser un nouveau champ d’expériences et un nouvel horizon tourné vers l’avenir. Ce travail de recomposition ne se trouve en phase qu’avec une coopération internationale réellement solidaire.

La quatrième proposition : l’enjeu indispensable constitué par une coopération internationale réellement solidaire

10 ans après, les rares projets à succès identifiés dans la période post-séisme ont quasiment tous été appuyés par la coopération internationale solidaire. Tous ces projets ont été basés sur un partenariat empreint de confiance, de respect mutuel et construit depuis de longues années entre des acteurs du Nord et locaux.

10 ans après, la voie qui a été tracée par cette coopération internationale solidaire doit être approfondie et renforcée. Il s’agit d’une importante tâche qui contribuera au renouvellement des mouvements sociaux et populaires qui sont appelés à faire naitre un nouveau régime d’historicité cristallisant de nouvelles valeurs (démocratisation du tissu social, reddition de comptes, justice climatique et réponse aux risques,  économie sociale et solidaire…). Le renouvellement des mouvements sociaux et populaires sera porteur de nouveaux rêves et d’espoirs qui transforment le lien social et qui rendent possible l’écriture d’une page d’Histoire nouvelle pour notre pays.

10 après le séisme, nous organisations et institutions signataires de la présente, à la lumière des leçons et propositions nouvelles, nous nous engageons dans la logique d’une année commémorative. Le chronogramme de nos activités qui se déroulera sur toute l’année 2020 et qui touchera les 10 départements géographiques  est structuré autour du triptyque : MEMOIRE, COMPREHENSION ET PERSPECTIVE.

Pour la signature de cette note :
Commission épiscopale nationale de Eglise catholique romaine Justice et Paix (Ce-Jilap)

Plateforme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains (POHDH)

Institut de Technologie et d’Animation (ITECA)

Sosyete Animasyon Kominikasyon Sosyal (SAKS)

Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen

Lettre de conjoncture de la Direction Exécutive de l’ITECA aux partenaires sur la crise haitienne actuelle

Chers partenaires,

Le rebondissement de/dans la crise conjoncturelle franchit sa sixième semaine à compter du 21 octobre 2019. Nous avons pris plus de temps qu’espéré pour partager avec vous la position de l’ITECA relative à ce moment dans la spirale de la crise haïtienne qui, au demeurant, est exceptionnel à bien des égards. La présente lettre de conjoncture sera très probablement la première d’une série, puisque la durée de ce nouveau rebondissement de/dans la crise conjoncturelle pourrait être longue avec des formes de manifestation multiples et multiformes.

Un premier point est que tous les membres de notre équipe, malgré des risques encourus, sont jusqu’à présent sains et saufs. Et nos différentes installations n’ont pas été attaquées ni menacées. Il n’en va malheureusement pas de même pour certaines institutions et organisations partenaires sur le terrain. Nous continuerons à maintenir le même niveau de vigilance et tenir actif le mécanisme permanent de consultation qui intègre également des membres du Conseil d’Administration.

Le deuxième point met l’accent sur la particularité du rebondissement de/dans la crise conjoncturelle aujourd’hui constaté. D’une part, tous les ressorts de la gouvernance du pays sont aujourd’hui cassés. Tous les pouvoirs d’Etat sont dysfonctionnels. Le Gouvernement ne contrôle plus rien. Un consensus se fait jour pour un changement de régime au plan sociétal. Mais rien n’est clair sur : Qui pour succéder ? Comment parvenir au remplacement ? Quel programme de transition minimum ? Quelle durée à cette transition ? Le pays toujours et encore semble être incapable de forger un compromis plus ou moins collectif vers un avenir minimum et meilleur. Nous tous et toutes – du moins presque  – sommes unis.es dans le rejet du régime actuel. Mais la recherche de l’alternative de remplacement  reste un obstacle particulièrement insurmontable.

D’autre part, c’est l’une des rares fois que les puissances tutrices – particulièrement les Etats-Unis – semblent ne pas hâter d’imposer leur solution à une crise conjoncturelle. Ce qui ne traduit pas forcément un désintérêt de leur part. Bien entendu, le soutien des Etats-Unis au régime du Président Jovenel Moïse est dénoncé par l’opposition qui forme une nébuleuse à la fois confuse et hétéroclite. Mais il est assez facile de faire porter la responsabilité de nos incapacités à d’autres. Parce que jusqu’à présent aucune proposition de sortie de crise qui fasse vraiment consensus au niveau des acteurs haïtiens ne semble émerger. Un équilibre chaotique avec son cortège d’aggravation des conditions socioéconomiques et de dégradation de la situation humanitaire est donc constaté : le pouvoir dans l’incapacité de gouverner et une alternative pour un réel changement conjoncturel toujours très hypothétique. Quelques efforts sont récemment annoncés. Mais ils doivent gagner en consistance sociale, institutionnelle et organisationnelle.

Enfin, le troisième élément de particularité du rebondissement de/dans la crise conjoncturelle actuelle renvoie à sa nature même. La lutte contre la corruption en est l’élément moteur. Cette portée éthique ou morale tranche avec l’histoire politique haïtienne. Une telle portée projette les mobilisations sociales en cours dans des complexités quasiment inextricables. Nous nous demandons comment des secteurs politico-mafieux qui sont également à l’avant-scène dans la lutte contre le Gouvernement actuel pourraient, suite à un changement de régime,  eux-mêmes se soustraire à cette demande sociale et citoyenne de reddition de comptes ? L’impératif d’une refondation de la société civile acquiert de ce point de vue une importance centrale. Elle finira par constituer l’acteur clé qui pousse à l’émergence d’un pouvoir alternatif dans le pays. Telle est donc la lueur d’espoir qui existe au bout du tunnel marqué par cette situation d’incertitudes et de confusion sociopolitique régnant actuellement dans le pays !

Un troisième point considéré dans la présente lettre de conjoncture porte sur les effets induits par la crise actuelle sur les programmes et projets mis en œuvre par l’ITECA. Des évaluations de la situation ont été faites. Et le Comité de Programme a de manière exhaustive analysé leur état d’avancement et des dispositions sont aussi arrêtées. S’agissant des constats, il en est ressorti les éléments suivants :

  • Les coordonnateurs et coordonnatrices ainsi que les cadres responsables des composantes techniques (renforcement organisationnel, animation, gestion-économie) affectés habituellement sur le terrain ont été dans l’incapacité de se rendre dans les régions depuis quatre (4) semaines. Tout semble indiqué qu’il n’y aura pas d’évolution majeure dans les prochaines semaines.

Dans les 4 régions, les techniciens-nes resté.es sur place n’ont pas pu fonctionner à cause, d’une part, de la rareté de carburant, laquelle a entrainé une hausse du prix du transport à moto, et d’autre part, à cause des troubles sociopolitiques dans les villes comme Cayes et Saint Marc.

Les secrétaires (Gros-Morne et Belladère) se rendent au bureau quand c’est possible. C’est plus difficile aux Cayes  car la ville est pratiquement paralysée. D’une manière générale, le personnel sur place n’arrive à pas fonctionner normalement.

  • Les Coordonnateurs-trices et les responsables techniques ont établi une communication à distance avec les structures associatives partenaires de l’ITECA sur le terrain via des groupes whatsapp et le téléphone. Ces structures associatives continuent de fonctionner mais leurs activités sont perturbées, notamment l’approvisionnement en intrants et la commercialisation des produits avec les autres villes telle Port-au-Prince.
  • Le travail de terrain de l’ITECA est suspendu depuis quatre (4) semaines notamment les activités de formation, d’appui technique aux producteurs-trices et coopératives, accompagnement des unités de production des jeunes (Gros-Morne), planification de rencontre avec les autorités locales (PAGODE/Sud).
  • Le Programme R2D2 a une spécificité. L’ITECA n’est que le Chef de file. La Cellule de Coordination s’est informée de la situation des 3 autres partenaires : ADEMA, Concert Action et Veterimed. Ils sont confrontés tous à une situation de paralysie. Ils ne peuvent pas avancer dans leur processus de recrutement et finaliser certaines formalités administratives, telle l’ouverture de compte bancaire spécifique dédié au Programme. La Cellule de Coordination envisage de proposer un réajustement de la programmation existante.

Après analyse et réflexions, il a été résolu que l’ITECA ne peut continuer à être absent encore plus de temps sur le terrain. Il est indispensable de réviser notre planification. Mais cela ne peut se faire qu’avec les acteurs. À l’exception pour l’instant des bureaux de Gros-Morne et de Saint-Marc, les équipes des bureaux dans les départements du Sud et du Bas Plateau Central sont redéployées sur le terrain à compter du 20 octobre 2019. Elles passeront un temps assez long sur place et des dispositions ont été adoptées en conséquence. Des consignes de vigilance visent particulièrement l’équipe du Sud, en raison des dommages dont ont été victimes les ONG dans cette ville (pillage de Caritas Sud par exemple). Nous suivrons de près la situation pour envisager des dispositions concernant les bureaux de Gros-Morne et de Saint-Marc.

Un dernier point extrêmement important qui est adopté dans la stratégie de fonctionnement de crise au niveau de l’ITECA concerne l’impact de la situation sur les moyens d’existence des communautés et des groupes cibles accompagnés. L’environnement dans les différentes zones d’intervention a subi des changements majeurs. Le Gouvernement vient même solliciter à la date du 11 octobre 2019 une aide alimentaire d’urgence aux Etats-Unis d’Amérique. La crise qui se prolonge aggrave donc  la situation humanitaire qui est déjà,  par ailleurs,  très précaire dans le pays. L’économie est exsangue avec un taux de croissance négatif pour l’année 2019. Les rares entreprises sociales bénéficiant de l’accompagnement de l’ITECA font face à des difficultés de toute sorte et certaines sont contraintes tout simplement d’arrêter leurs activités. Un rapport d’évaluation est attendu à brève échéance. Les conclusions et recommandations seront partagées avec tous nos partenaires.

Telles sont nos premières appréciations de la crise actuelle sur nos activités. Nous nous excusons de la teneur un peu longue de la lettre. Nous allons garder avec vous toutes et tous un contact permanent. Nous vivons une situation qui est assez complexe et dont la lisibilité sera loin d’être acquise à partir d’une seule communication.

En toute solidarité,

Chenet JEAN-BAPTISTE

Directeur Exécutif

L’organisation de femme qui ambitionne de développer la commune de Cavaillon

Le 8 mars 2000, l’Organisation des femmes en action à Pliché (OFAP) a vu le jour à la quatrième section de Cavaillon. Cette institution combine agriculture et promotion des droits des femmes

Il est environ 11 heures du matin. Des femmes font un incessant va-et-vient entre une fontaine et des barils vides disposés sur une plantation. Elles sont environ une vingtaine assignée à cette tâche pour le jour. Mais en réalité, l’Organisation des femmes à Pliché (OFAP) regroupe 108 femmes de divers âges. « Nous formons 10 groupes. Du lundi au vendredi, 2 groupes de femmes accomplissent les travaux respectifs qui leur ont été confiés en réunion, explique Rosita Naissant, un membre de l’organisation. […] Si deux groupes arrosent un jour, deux autres sarcleront le lendemain.»

Pliché vit essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Et pendant longtemps, ce sont les hommes qui ont été au-devant de la scène, dès qu’il a été question de travailler la terre. « Les femmes se chargeaient de cuisiner et de vendre les récoltes », se rappelle Louise Naissant, ancienne Directrice de l’école presbytérale de Pliché. « Aujourd’hui, continue celle qui a fondé l’OFAP, nous pouvons manier les roues au même titre que les hommes. » Pour celle qui a initié l’organisation après 16 ans dans l’enseignement, labourer et planter offrent des opportunités économiques. « J’ai voulu que les femmes soient autonomes dans la gestion des ressources de la terre», avance Louise.

Un bâtiment entouré d’une vaste plantation de pépinières accueille les rencontres hebdomadaires programmées pour statuer sur les différents projets de l’organisation. L’espace commun de travail de l’OFAP s’étend sur plusieurs carreaux. On y trouve des centaines de caféiers, de citronniers, de cèdres, de bananiers et d’autres plantules. « Pendant plusieurs années, nous avons mis ensemble nos maigres moyens pour acquérir ce terrain au prix de 20 000 gourdes », soutient Saintalia Pierre qui a été élue coordonnatrice générale de l’organisation le 8 mars dernier. « En 2016, l’Oxfam nous a construit ce local dans le cadre d’un projet en réponse à l’ouragan Matthew ».

Un modèle de solidarité

Après la récolte, les membres de l’OFAP vendent les denrées, mettent de l’argent de côté et achètent ensuite de nouvelles plantules. Puis, elles partagent les bénéfices. «Cela nous permet de pérenniser le travail et d’avoir toujours un peu d’argent en poche », déclare Saintalia.

Des femmes font un incessant va-et-vient entre une fontaine et des barils vides disposés sur une plantation.

 Par ailleurs, les différentes activités de l’organisation constituent un appui pour les familles. Yolette Louis-Jeune, un autre membre, avance que c’est son mari qui s’occupe des plantules, des semences ou des animaux qu’elle rapporte à la maison. Clemelide Jemiel, une femme frisant la soixantaine, affirme que son mari a progressivement compris l’importance des initiatives de l’OFAP. En plus, ses enfants l’accompagnent au jardin durant les vacances.

L’organisation confie aux femmes selon leur vulnérabilité, des brebis et des chèvres qu’elles doivent remettre seulement après accouchement. « Les petits nous reviennent de droit. Ainsi, nous pouvons constituer notre propre bétail. Ce qui nous procure une certaine autonomie financière», précise la coordonnatrice.

Selon Louise Naissant, l’OFAP n’a pas de financement externe. C’est ensemble que les membres font face aux difficultés. Dans cette optique, un frais de 30 gourdes est exigé des participantes lors des réunions hebdomadaires afin d’alimenter un mutuel qu’elles ont formé. « En cas de difficulté, un membre pourra facilement prêter de l’argent à un taux de remboursement de 2% », prolonge-t-elle.

 Un pari contre la violence basée sur le genre

Les violences conjugales et le viol étaient fréquents dans la zone avant l’existence de l’OFAP, confient les membres de l’organisation. Elles ont dû inscrire cette thématique dans la liste de leurs priorités.

 A la requête de l’OFAP, des formations basées sur l’équité de genre ont été réalisées conjointement avec des organisations non-gouvernementales pendant plusieurs années. «Nous savons aujourd’hui que personne n’a le droit de lever la main sur nous. Si cela arrive, nous pouvons poursuivre l’agresseur en justice. Et nous savons aussi que la loi nous donne droit à un avocat même quand nous n’avons pas d’argent », admet Yolette Louis-Jeune. Grâce à ces formations, ajoute-t-elle, les cas de violences faites aux femmes ont été réduits à Pliché.

Pour le retour du café à Cavaillon

A cause du déboisement, le café qui représentait la principale production agricole à Cavaillon a disparu depuis quelques années  expliquent des membres de l’OFAP. L’ouragan Matthew a aussi ravagé, en 2016,  plusieurs plantations de cafés dans la commune. L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon. « C’est le nouveau défi que nous voulons relever », lance fièrement Louise Naissant.

L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon. « C’est le nouveau défi que nous voulons relever », lance fièrement Louise Naissant.

Parallèlement, la région du Sud est frappée par une sévère sécheresse qui inquiète les paysans. L’OFAP pense avoir trouvé une alternative à la situation. « Nous avons opté pour le modèle de jardin agro forestier. C’est une méthode qui permet de produire en un même jardin, des fruits, des cultures vivrières et des arbres forestiers. Elle protège le sol et permet d’avoir des récoltes pendant toute l’année», continue, cette fois, Rosita Naissant.

L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon.

L’organisation place la relance du café parmi les réalisations qui devront marquer son vingtième anniversaire. Pour y parvenir, les femmes ne ménagent plus leurs efforts. « Nous  transportons l’eau sur nos têtes pour arroser nos différentes espèces de caféiers régulièrement. Nous œuvrons pour canaliser cette eau jusque vers les plantes afin de ne plus avoir à la transporter», ajoute Rosita.    

Malgré les difficultés liées au financement, l’influence de l’organisation s’en va grandissant. Les retombées attirent aussi de nouveaux membres. «Sans, le support de l’OFAP, je n’aurais pas pu posséder du bétail. Aujourd’hui je peux vendre et acheter des plantules pour ma famille sans attendre le soutien de l’Etat», conclut Clemelide Jemiel, qui est la plus âgée de l’organisation.

 

Ce texte est écrit par la journaliste Laura Louis  qui a remporté le premier prix de la catégorie presse écrite du concours « Prix Jeune Journaliste en Haiti » organisée par l’Organisation Internationale de la francophonie (OIF).   

Laura Louis est journaliste a Ayibopost et étudiante finissante a l’Université d’Etat d’Haiti.

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