Le Dispositif R2D2/MINKA en première ligne dans la réponse d’urgence à l’ouragan Mélissa

Le 29 octobre 2025, Haïti a été frappée par l’ouragan Melissa, un ouragan de catégorie 5 et d’une violence exceptionnelle. Avec des vents dépassant les 250 kilomètres à l’heure et des vagues gigantesques, les dégâts matériels et humains ont été considérables, affectant durement les départements du Sud et du Nord-Ouest, zones d’intervention clés du dispositif R2D2/MINKA.

Ces intempéries majeures ont accentué la vulnérabilité socio-économique et alimentaire des ménages ruraux, provoqué la dégradation de plusieurs tronçons routiers, emporté du bétail ainsi que des équipements de pêche, et détruit une grande partie des moyens de subsistance locaux. Le bilan humain déplore tragiquement 43 vies perdues à travers le pays.

Une mobilisation rapide et une réponse d’urgence concertée grâce au Fonds de Contingence de R2D2/MINKA

Face à l’ampleur de la crise, le dispositif Réponse aux Risques pour un Développement Durable (R2D2/MINKA) a immédiatement activé son Fonds de Contingence dans le souci de renforcer les moyens de subsistance des familles sinistrées et collaborer étroitement avec les structures locales de Protection Civile. Ce mécanisme, porté par le consortium d’organisations haïtiennes (ITECA chef de file, ADEMA et VETERIMED) avec le soutien de l’Agence Française de Développement (AFD), permet de déployer une aide rapide et multisectorielle.

Les actions concrètes et sectorielles dans les départements du Sud et du Nord-Ouest

  1. Relance Agricole et Infrastructures (ITECA)

L’ITECA concentre ses efforts sur des communes touchées du Sud, notamment Aquin (2e section Bellevue) et Cavaillon (5e section Laroque, 3e section Gros-Marin et 4ème Mare Henri), en fournissant :

  • Des semences de cultures maraîchères (Tomate, poivron, chou, gombo, etc), de maïs et d’haricot, ainsi que des plants de banane pour relancer la production vivrière
  • Des outils de travail agricole (machette, pioche, houe)
  • Des ovins (moutons) pour restaurer le capital des ménages
  • Du matériel aratoire au CLPC de la 2e section Bellevue (Aquin) et de la 3ème section Gros-Marin (Cavaillon) pour l’amélioration des routes agricoles.
  1. Restauration du capital bétail (VETERIMED)

Pour sécuriser le capital essentiel des familles, VETERIMED intervient auprès de 445 familles dans le Sud, en fournissant du bétail pour renouveler les pertes :

  • 220 familles bénéficiaires d’ovins à Arniquet
  • 225 familles bénéficiaires d’ovins et caprins à Torbeck (Durcis et Beraud).
  1. Rétablissement des Accès et Protection Côtière (ADEMA)

Dans le Nord-Ouest, ADEMA se concentre sur la restauration des infrastructures et le soutien aux pêcheurs :

  • Rétablissement de l’accès aux axes routiers cruciaux (Bombardopolis à Baie-de-Henne) au bénéfice de plus de 40 000 personnes
  • Assistance en matériels de pêche pour quatre associations de pêcheurs de Bombardopolis et Baie-de-Henne
  • À Baie-de-Henne, des travaux urgents de stabilisation (Gabions, canaux) sont entrepris sur la ravine La Coupe pour la protection des berges et des structures
  • Distribution de 600 moustiquaires pour la prévention des maladies post-catastrophe.

Cette intervention s’inscrit dans la continuité de l’engagement du dispositif R2D2/MINKA à renforcer la résilience des communautés rurales face aux chocs climatiques récurrents. Le R2D2/MINKA réaffirme sa détermination à être aux côtés des populations, en s’appuyant sur les structures locales pour une réponse toujours plus efficace aux risques de catastrophe avec le soutien de l’Agence Française de Développement (AFD).

Le Projet PRAADUM: l’engagement pour une agriculture durable

Dans un contexte haïtien de crises complexes et d’insécurité grandissante, l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) maintient un engagement inébranlable auprès des communautés rurales. Depuis plus de quatre décennies, l’ITECA travaille à donner aux paysannes et paysans les outils pour devenir les acteurs de leur propre développement et pour améliorer concrètement leurs conditions de vie.

Cet engagement a conduit à la mise en œuvre du Projet d’Appui à l’Amélioration Durable des conditions de vie des ménages (PRAADUM/ Phase 2), au cœur de l’Artibonite, l’une des régions les plus affectées par les chocs climatiques et l’instabilité.

Des actions concrètes pour l’autonomie et l’environnement

Au cours de la deuxième année d’exécution (août 2024 à juillet 2025) et avec l’appui financier de Manos Unidas et Un Enfant par la Main, le projet PRAADUM II s’est attaqué aux racines de la vulnérabilité dans les communes de Saint-Marc, Verrettes et Gros-Morne.

Le principal axe d’intervention est le renforcement des systèmes de production agricole durable. Plus concrètement, l’ITECA a accompagné :

  • 200 chefs de famille (113 agriculteurs et 87 agricultrices) dans la mise en place de parcelles agroforestières pour renforcer la sécurité alimentaire et la résilience face aux aléas climatiques.
  • 72 parcelles maraîchères ont été établies, dont 48 gérées par des agricultrices, notamment à Saint-Marc et Verrettes.
  • 24 lots boisés ont été créés à Verrettes et Gros-Morne, contribuant directement à la protection de l’environnement et à l’adaptation aux effets du changement climatique.

Renforcer les capacités de prise de décision collective : un autre pilier du projet

Le projet va au-delà de la fourniture de semences et d’outils. Il intègre un volet crucial de renforcement des capacités pour que les communautés puissent s’organiser et prendre des décisions collectives :

  • Appui à l’entrepreneuriat : Deux (2) ateliers de transformation de produits agricoles ont été renforcés à Gros-Morne, portés par une organisation de jeunes et une organisation de femmes.
  • Inclusion financière : Dix (10) groupes MUSO (Mutuelles de Solidarité) à Saint-Marc et Verrettes ont été renforcés pour offrir de meilleurs services financiers à leurs membres.
  • Éducation environnementale : 15 établissements scolaires ont été sensibilisés à la protection de l’environnement et l’adaptation aux effets du changement climatique.

Au total, le projet PRAADUM II a touché directement 2296 personnes, dont 66% de femmes. L’augmentation de la production agricole et des revenus familiaux observée dans les zones d’intervention fait renaître l’espoir dans la région très fortement affectée les violences des gangs.

Ensemble, construisons un avenir meilleur avec et pour les communautés rurales en Haïti !

Le projet R2D2 au cœur d’une réponse humanitaire plus juste

Du 10 au 20 septembre 2025, l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA), en collaboration avec la Direction Départementale de la Protection Civile du Sud (DDPC-Sud), a mené une série de formations essentielles. Ces sessions, organisées dans le cadre du projet R2D2, ont eu lieu à Dory (Maniche), Mare Henry (Cavaillon) et Bellevue (Aquin) et visaient à renforcer les capacités des Comités Locaux de Protection Civile (CLPC) en matière d’égalité de genre et de lutte contre les Violences Basées sur le Genre (VBG).

L’objectif de cette initiative est clair : outiller les membres des comités pour qu’ils puissent intégrer la dimension de genre et la prévention des VBG dans tous les aspects de leur réponse humanitaire. Cela devra contribuer à garantir une participation équitable des femmes et des hommes dans la gestion des urgences et renforçant par ainsi la résilience communautaire grâce à une approche inclusive et respectueuse des droits humains.

Une méthode participative pour un impact durable

Les formations ont été animées en créole par des formateurs certifiés par la Direction Générale de la Protection Civile (DGPC). Grâce à une approche participative, les participants et participantes ont pu échanger leurs expériences à travers des études de cas concrètes. Un accent particulier a été mis sur l’importance d’une participation égale et sur la prise en compte des besoins spécifiques des personnes vulnérables.

Ces sessions de formation sont la suite logique de l’appui déjà fourni par l’ITECA pour la mise en place et la structuration des CLPC. L’objectif est de garantir que les réponses humanitaires soient non seulement efficaces, mais également inclusives et sensibles au genre. Pour s’assurer de l’intégration de ces nouvelles compétences, une simulation d’urgence sera organisée prochainement.

Avec ce projet appuyé par l’Agence Française de Développement (AFD), l’ITECA continue sa mission de lutte pour l’autonomisation communautaire, la réduction des inégalités sociales et l’amélioration des réponses locales face aux urgences.

Webinaire Pax Christi International | Haiti : Chemins pour construire la Démocratie – Rôle de la Société Civile, spécialement des Femmes, dans la construction de la Paix, le processus de Guérison et la Réconciliation en Haïti

En Haiti, il est communément admis que les femmes constituent le Potomitan c’est-à-dire le Pilier central de notre société.

Les personnes qui nécessitent des soins spéciaux : les bébés, enfants en bas âge, vieillards, les personnes handicapées ou malades sont traditionnellement prises en charge par des Femmes.  Ces dernières veillent également à l’Éducation de base des enfants; leur comportement avec leurs frères et sœurs, les parents, les voisin-e-s et la société en général.  Même si d’autres personnes participent à l’encadrement de base, la responsabilité première incombe aux femmes !

Aujourd’hui, notre pays est plus que malade !  Il est considéré comme un État paria, un État failli !   Il a commencé sa descente en enfer, cela fait longtemps déjà.  À ma connaissance cependant, la situation n’a jamais été aussi critique !

Il ne faut pas se voiler la face :  notre pays : HAITI, est en danger de disparaître !

Il faut donc se lancer à la rescousse, s’engager en dépit des possibles appréhensions, mis-perceptions ou dures critiques. 

Il s’agit de contribuer à sortir le pays du gouffre dans lequel il se trouve.

Un impératif :  Être de bonne foi ! 

Les prédispositions requises :

  1. Ouverture d’esprit: essayer de comprendre l’autre/les autres et Vouloir établir des passerelles.
  2. Engager le Dialogue sur le Que faire ?
  3. Prendre le temps d’écouter l’autre / les autres.
  4. Identifier les points communs
  5. Examiner et déterminer ce qu’on peut faire ensemble
  6. Passer à l’action !  Avec la détermination de se relever et de se forger un avenir commun, plus juste et égalitaire !

Après le tremblement de terre de 2010 qui a causé la mort de plus de 200, 000 de nos compatriotes, les haïtien-ne-s se sont levé-e-s et, sans distinction de classes sociales ou de couleur, se sont tendu la main :  il s’agissait de vies humaines à sauver.

A travers le monde, on a alors salué de notre grande « résilience ».

Notre patrie est, de nouveau, en danger.

C’est en nous-mêmes que nous devons chercher et trouver la capacité, la détermination, les clefs donc du vivre-ensemble...Et les appliquer !

Quels pourraient être le rôle et la contribution de Pax Christi International et d’autres organisations solidaires ?

  1. Faciliter le Dialogue

    Pour des raisons que je n’arrive toujours pas à élucider, nous : haïtiens et haïtiennes, avons tendance à nous raidir et même à lutter âprement, les un-e-s contre les autres, face à des différences (même légères ou sémantiques), plutôt que de nous focaliser sur les points communs ainsi que le bout de chemin que nous pourrions faire ensemble.

    A mon avis, les organisations solidaires comme Pax Christi International seraient bienvenues de nous accompagner sur le chemin du dialogue et de la concertation ; cela, sans interférence sur les choix que nous devons faire, nous-mêmes !

    2. Accompagner un réel processus de Décentralisation

    S’il est un (1) aspect positif qui pourrait émerger du chaos et de l’actuelle descente en enfer d’Haiti est de procéder rapidement à une réelle, efficiente et efficace décentralisation.

    Les faits viennent de nous le prouver :  Alors qu’à Port-au-Prince et dans ses environs, l’Administration Publique, les entreprises privées, la plupart des écoles et même les établissements commerciaux ont très souvent dû fermer leurs portes à cause des massacres, kidnappings, viols et autres abominations réalisées par les gangs; alors que dans d’autres régions du pays,  les élèves ont pu se rendre à l’école et le train de vie habituel continuer à se déployer.

    La Constitution de 1987 prône la Décentralisation.  Et cela fait plusieurs années qu’une loi sur la Décentralisation a été votée par le Parlement haïtien. Il nous incombe de la mettre en pratique !

    Une organisation comme Pax Christi International dispose d’un organe représentatif : le Secrétariat International qui relie un nombre important d’organisations à travers le monde. Elle est donc bien placée pour nous aider.

    Du fait des conditions internes chez nous et la forte migration qui en résulte, de nombreux-ses haïtien-ne-s et leurs descendant-e-s se trouvent actuellement dispersé-e-s à travers le monde, formant la Diaspora (ce que nous, nous appelons le 10ème département).  Ces haïtien-ne-s de l’extérieur appuient et réalisent une multitude de petits projets en Haiti dans les domaines de l‘Agriculture, de l’Éducation, la Santé etc…  Leurs efforts méritent d’être articulés, appuyés et insérés dans des Plans communaux, départementaux et dans le grand Plan National de relèvement et de reconstruction de notre pays.

    Il s’agit – là encore- d’un domaine dans lequel des organisations solidaires comme Pax Christi International et ses partenaires peuvent aider notre pays, non seulement à travers des actes de Plaidoyer mais encore et surtout en encourageant et facilitant le Dialogue entre nos diverses entités, la recherche des points communs, la mise à profit de nos valeurs… nous aidant donc ainsi à reconstruire notre pays dans le respect de nos différences.

    3. La lutte contre le grand banditisme

    Haiti n’est plus « au bord » du gouffre. Elle a déjà entamé ce que certains appellent « sa descente aux enfers ».  Notre pays est, à l’heure actuelle, une « plaque tournante » du fructueux commerce des armes et de la drogue.  De gros intérêts sont donc en jeu !  

    Tout le monde sait que nous ne fabriquons pas les armes qui tuent nos concitoyen-ne-s et détruisent nos enfants.  Nous ne produisions pas, non plus, la cocaïne qui transite par notre pays. 

    Je ne crois pas que Pax Christi International puisse résoudre ce problème vaste et complexe.  Mais cela ne signifie pas que nous ne puissions rien faire !   Il nous faut rejoindre d’autres organisations qui travaillent contre la grosse criminalité et surtout offrir à la jeunesse haïtienne des raisons d’espérer ainsi que d’autres façons d’envisager et de bâtir l’avenir !…

    Claudette Werleigh, Ambassadrice de Paix, Pax Christi International

    L’ITECA priorise les femmes à travers les campagnes agricoles du programme PARECOM pour l’année 2022

    L’institut de Technologie et d’Animation (ITECA) a accordé, dans sa stratégie d’intervention, une place importante aux luttes et revendication des femmes. À travers une approche de travail qui s’inscrit dans la promotion pour l’Égalité homme/femme au niveau des associations paysannes, l’ITECA est convaincu que l’implication des femmes dans des activités économiques sociales et solidaires est fondamentale pour leur autonomisation.

    L’apport d’un appui à l’autonomie économique des femmes a été conçu comme une perspective importante dans la revitalisation des territoires. En effet, plus les femmes sont accompagnées et comprennent les mécanismes de leur marginalisation, plus elles seront à même d’anticiper les gains sociaux et économiques de leurs activités, de changer le rapport à leur territoire et de développer plus de confiance en l’avenir.

    L’histoire entre Rose-Marie Lajuste, Marie-Rose Brutus et Marie Miliette Massé et le programme PARECOM en est un exemple plutôt passionnant. Natives de Maniche dès leur plus jeune âge, Rose-Marie Lajuste, Marie-Rose Brutus et Marie Miliette Massé font partie de la catégorie des femmes les plus vulnérables de leur localité. En effet, cette commune a été classée parmi les communes du département du Sud les plus touchées par le cyclone Matthew et plus récemment par le séisme du 14 août 2021.

    L’agriculture qui était considérée comme la principale source de revenus de cette commune a été relativement dévastée. C’est à travers leurs productions agricoles que les ménages arrivaient à peine à subsister. C’est aussi à travers leurs récoltes que Rose-Marie Lajuste, Marie-Rose Brutus et Marie Miliette Massé parvenaient difficilement à faire l’éducation de leurs enfants en tant que cheffes de famille. Mise à part la dévastation de leurs propriétés agricoles, leurs maisons ont été également endommagées.

    Dans l’année 2022, le Programme d’Appui au Relèvement (PARECOM) mis en œuvre dans les communes Maniche, Aquin, Cavaillon et Saint-Louis du Sud a soutenu trois (3) campagnes agricoles : une campagne du printemps (février) ; et une campagne intermédiaire débutée en juillet-août et une campagne d’hiver à partir du mois de novembre.

    C’est à travers la campagne intermédiaire que Rose-Marie Lajuste, Marie-Rose Brutus et Marie Miliette Massé ont été appuyées. Considérées comme un échantillon de 224 femmes qui ont été soutenues sur un effectif total de 525 agriculteurs et agricultrices dont les récoltes ont été compromises pour cette campagne à cause des variations saisonnières. Les producteurs.trices avaient reçu des semences de riz, haricot, cultures maraîchères pour la compensation de leurs pertes agricoles ; des outils agricoles, et un accompagnement technique.

    Rose-Marie Lajuste, Marie-Rose Brutus et Marie Miliette Massé ont bien réussi leurs récoltes et sont beaucoup plus à même de répondre aux besoins quotidiens de leur famille. Lors du lancement de la campagne d’hiver, Rose-Marie Lajuste a avoué : « Je peux dire que mes conditions de vie ont été améliorées. Aujourd’hui, grâce aux semences reçues et mes jardins cultivés, je n’utilise plus mon argent pour m’approvisionner en riz. Au contraire, j’en ai pour la consommation de la famille et je peux en vendre pour gagner de l’argent et satisfaire certains besoins familiaux. »

    Sur un total de 1225 ménages qui ont été appuyés via les campagnes agricoles (printemps et hiver) 40% sont des femmes. En termes de bénéficiaires indirect-e-s, c’est environ 15 000 personnes (familles paysannes, fournisseurs, associations paysannes, autorités locales…) qui en ont tiré profit des retombées positives.

    L’ITECA a pu compter principalement sur le soutien des partenaires suivants pour rendre possible ce bilan à la fois positif et prometteur de la première année de mise en œuvre du programme PARECOM : l’Agence Française de Développement (AFD), Broederlijk Delen, CCFD-TS, Développement et Paix/MRIF/Fondation Roncalli, FOKAL, Manos Unidas et Mennonite Central Committee (MCC).

    L’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) renouvelle encore une fois sa ferme volonté à toujours se tenir aux cotés des communautés paysannes, plus particulièrement les femmes paysannes, pour l’année 2023, tout en restant convaincu que l’agriculture paysanne reste le véritable pilier pour tout changement socio-économique réel dans le pays et que l’autonomie économique des femmes en constitue l’un des enjeux majeurs.

    Gros-Morne : Comment les jeunes ont intégré la filière mangue grâce à l’Économie sociale et solidaire (ESS)

    Noelzia Faustin, 26 ans, est originaire de la quatrième section de l’Acul à Gros-Morne et présidente de l’entreprise « La Ruche ».  En 2017, elle incluait 132 jeunes participants aux trois journées de formation réalisées par l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) autour de l’entreprenariat et de la gestion des entreprises en Économie sociale et solidaire (ESS).

    « La Ruche » confectionne des ruches pour les producteurs de miel qui sont dans la filière mangue à Gros-morne, mais aussi tout autre meuble de bois. Huit garçons et trois filles sont membres de l’entreprise. « Garçons ou filles, chacun joue sa partition sous le même pied d’égalité au sein de La Ruche», affirme Naoelzia Faustin.  

    Dix entreprises de jeunes ont été créées à la suite d’une formation autour de l’entreprenariat et la gestion des entreprises des économies sociales et solidaires en 2017

    L’intégration des jeunes constituait l’un des grands objectifs de l’ITECA au cours de la deuxième phase de son projet dans la filière mangue à Gros-morne. Dix entreprises de jeunes ont été créées à la suite d’une formation autour de l’entreprenariat et la gestion des entreprises des économies sociales et solidaires en 2017.

    Lisez également: L’approche des vergers diversifiés, le pari réussi de l’ITECA à Gros-Morne

    Les participants ont été formés, entre autres, sur les caractéristiques des entreprises en ESS, la gestion d’entreprise et l’élaboration de plan d’affaires. 55 filles, 3 femmes et 74 garçons ont été enseignées au cours de cette formation.

    Dix entreprises assignées dans la production de plantules, de compost et dans la confection de matériels apicoles sont créées. Leurs membres bénéficient des formations spécifiques à leur domaine respectif. Les jeunes filles des différentes unités ont reçu une formation sur le leadership féminin dans le but d’augmenter leur capacité en leadership

    Noelzia Faustin se réjouit de son expérience. « Grâce à mes activités entrepreneuriales, je peux me satisfaire de certains besoins et m’acquérir de certaines choses qu’autrefois j’exigeais de mes parents. »

    La Ruche et neuf autres entreprises forment ensemble « Rezo jèn antreprenè sosyal Gwomòn », une plateforme les permettant de faire la promotion de leurs produits et de partager leur expérience d’entrepreneur.

    Lisez également: À Gros-Morne, les producteurs de la filière de la mangue ont retrouvé l’espoir grâce au renforcement des coopératives

    Avant sa formation, Noelzia Faustin n’espérait pas être ébéniste, car dans la commune de Gros Morne les femmes et jeunes filles ne pratiquent pas ce métier. « Les formations reçues à ITECA m’ont permis de voir les choses différemment. » Désormais, comme tous les autres membres, elles déclarent avoir une vision plus juste sur l’égalité des genres.

    Pozisyon ITECA nan jounen 8 mas 2020 an

    Jodi a nan okazyon jounen 8 mas 2020 an ki se 43zyèm lane depi Nasyonzini te aksepte konsakre jou sa a  kòm Jounen Entènasyonal Dwa fanm yo, n ap pwofite fè yon rapèl sou orijin dat sa.

    Orijin 8 mas la se charye batay fanm mennen deja, kit se nan lòt peyi oubyen peyi Dayiti, pou rache yon seri dwa. Li pote siyifikasyon batay òganizasyon fanm peyizan yo mennen nan tout sans pou pwodui pou defann dwa yo kont tout fòm enjistis y ap sibi nan sosyete a.

    Se « Clara Zetkin » yon fanm sosyalis nan peyi Almay ki te goumen pou fanm yo gen yon jounen espesyal pou yo,reflechi sou dwa yo. Zektin te pwopoze pou chwazi dat sa a nan dezyèm Konferans Entènasyonal Fanm Sosyalis yo. Yo chwazi dat  8 mas la paske te gen plizyè gwo evènman ki te rive nan dat sa pandan plizyè ane kite pase anvan. Tankou :

    8 mas 1917 nan peyi Larisi, anpil fanm te pran lari pou pwoteste kont lagè, grangou ak lavi chè epi yo leve drapo revolisyon an byen wo tou. Sa ki ta pral bay Revolisyon nan peyi sa a yon gwo bourad.

    8 mas 1957 nan vil Nouyòk ouvriye fanm yo nan yon izin twal te pwoteste pou mande pi bon  kondisyon travay. Lapolis ak Leta te fè yon represyon anraje sou yo.  Gen anpil nan fanm sa yo ki te mouri jou sa a.

    Apre anpil batay pou dat sa a vin ofisyèl nan tout peyi sou latè, Nasyonzini vin rekonèt 8 mas kòm jounen entènasyonal dwa fanm nan lane 1977.

    Jounen jodi a n ap bat bravo  pou tèt nou, pou batay nou menm òganizasyon fanm peyizan mennen deja epi n ap kontinye mennen pou dwa nou. N ap batay pou nou jwenn tè pou nou travay, pou nou travay nan pi bon kondisyon, pou nou ka pwodui pi byen pou nou menm ak pou fanmi nou.

    N ap kontinye lite pou nou amelyore kondisyon lavi nou, pou nou jwenn dwa lapawòl, dwa pou vote, dwa pou  touche pou travay nou fè, dwa pou kadejak jije kòm krim, dwa pou ti fi gen menm edikasyon ak ti gason, elatriye.

    Men malgre anpil òganizasyon fanm ap batay pou defann dwa fanm yo, ou jwenn anpil sektè ki pa tèlman vle apiye mouvman fanm yo. Nan dènye tan sa yo ou jwenn anpil sektè k ap sèvi ak jounen sa a pou regle zafè ekonomik ak politik yo.

    Kredi Foto: ITECA

    Gen lòt ki chache voye toya ak pwopagann pou minimize lit fanm yo ap mennen. Nan sans sa a, gen moun ki di fanm pa bezwen batay ankò paske yo deja egal ego ak gason. Gen gason ki gen pwoblèm tou ki di fòk yo ta gen jou pa yo. Gen moun ki menm di w pa gen rezon pou n ap selebre 8 mas paske tout fanm fin konnen sa ki 8 mas la.

    8 mas jounen jodi a mesaj nou klè, n ap bay fanm yo tout valè yo merite pou batay yo mennen deja epi y ap kontinye mennen pou dwa yo. Depi lontan fanm yo ap lite pou defann dwa yo epi amelyore kondisyon lavi yo. Dwa pou vote, dwa pou yo touche pou travay yo fè, dwa pou kadejak jije kòm krim, dwa pou ti fi gen menm edikasyon ak ti gason, elatriye. Se yon pakèt batay fanm mennen pou fanm yo. Se pa sistèm lan pa p transfòme tèt li. Idewoloji dominant lan vle fè kwè anpil gany mouvman feminis lan rache se efè yon pwogrè otomatik[1].

    Nan tout melimelo k ap fèt sou sou do fanm, li enpòtan pou mouvman fanm nan fè tout moun konnen, se batay fanm, epi se batay nou menm fanm sèlman k ap fè pwogrè nou vanse. Transmisyon istwa batay kolektif fanm yo mennen gen tout sans li nan kontèks politik sosyal ak ekonomik n ap viv jounen jodi a.

    Sistèm peze souse a  pa p janm chanje pou kont li. Ideyoloji dominan an toujou vle fè kwè anpil gany mouvman fanm yo rache se efè yon pwogrè otomatik.[2] Li dwe klè pou nou  tout se batay nou menm fanm ap mennen  k ap fè dwa fanm yo vanse nan kontèks politik sosyal ak ekonomik n ap viv jounen jodi a.

    Depi toujou, malgre tan sa dwe pran mouvman fanm lan dwe mobilize pou transfòme sosyete sa a kote se sistèm patriyakal la ak sistèm peze souse a k ap deside sou dwa fanm. Pou nou rive la, nou konnen yon sèl jou pa kont ! Men 8 mas rete pi bon moman pou nou fè limyè sou tout gany nou rache deja ak sa ki rete pou nou rache, pou nou rive nan yon sosyete ekilibre, solidè, kote jistis blayi tout bon vre.

    [1] Christine Delphy, féministe francaise  auteur de plusieurs ouvrage (classer, dominer, Que sont les « autres »

    [2] Christine Delphy, féministe française auteur de plusieurs ouvrages (classer, dominer, Que sont les « autres »)

    L’ITECA se mobilise contre la violence faite aux femmes

    L’institut de Technologie et d’Animation (ITECA) et des organisations partenaires ont réalisé du 25 au 29 novembre une semaine de campagne pour l’élimination de la violence contre les femmes.

    Cette campagne a été lancée à l’occasion du 25 novembre consacrée dans le monde entier comme la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

    La semaine d’activité réalisée par plusieurs associations et organisations partenaires de l’ITECA s’est déroulée à travers plusieurs régions d’interventions de l’ITECA, dont Saint-Marc et Bas-Plateau, autour du thème « Non se non, fanm pa tanbou. »

    Ces associations et organisations se sont mobilisées en réalisant plusieurs activités de réflexion dans leur communauté respective rappelant les préjudices physiques et psychosociologiques causées par la violence à l’égard des femmes.

    L’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA), à travers son axe « Genres et Jeunes » a pleinement soutenu ses activités. Au local de l’institution sise à Bourdon, une activité de réflexion a été réalisée dans la matinée du 25 novembre recueillant plusieurs réactions des membres du personnel.  

    L’organisation « Regwoupman Fanm nan Sanite Belair », située à Saint-Marc, a également réalisé un atelier de réflexion regroupant hommes et femmes de la communauté à réfléchir sur la thématique.

    Au niveau de Bas-Plateau, particulièrement à Savanette, les jeunes des associations ont réalisé une tournée médiatique et un atelier de réflexion afin de sensibiliser leur communauté respective sur la thématique de la violence à l’égard des femmes.

    En Haïti, l’Emmus VI rapporte que 29 % des femmes âgées entre 15 à 49 ans « ont subi des actes de violence physique depuis l’âge de 15 ans. Parmi les femmes non célibataires, cette violence a été perpétrée, dans 45 % des cas, par le mari/partenaire actuel. »

    Une femme sur huit (soit 12%) avoue avoir déjà subi des violences sexuelles au moins une fois. En plus, ces formes de violences ont tendance à s’augmenter avec les troubles sociopolitiques qui deviennent récurrentes dans le pays.

    À travers cette campagne, l’Institution de Technologie et d’animation a tenu de raffermir sa position dans sa lutte pour une société haïtienne équitable entre hommes et femmes.

    L’organisation de femme qui ambitionne de développer la commune de Cavaillon

    Le 8 mars 2000, l’Organisation des femmes en action à Pliché (OFAP) a vu le jour à la quatrième section de Cavaillon. Cette institution combine agriculture et promotion des droits des femmes

    Il est environ 11 heures du matin. Des femmes font un incessant va-et-vient entre une fontaine et des barils vides disposés sur une plantation. Elles sont environ une vingtaine assignée à cette tâche pour le jour. Mais en réalité, l’Organisation des femmes à Pliché (OFAP) regroupe 108 femmes de divers âges. « Nous formons 10 groupes. Du lundi au vendredi, 2 groupes de femmes accomplissent les travaux respectifs qui leur ont été confiés en réunion, explique Rosita Naissant, un membre de l’organisation. […] Si deux groupes arrosent un jour, deux autres sarcleront le lendemain.»

    Pliché vit essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Et pendant longtemps, ce sont les hommes qui ont été au-devant de la scène, dès qu’il a été question de travailler la terre. « Les femmes se chargeaient de cuisiner et de vendre les récoltes », se rappelle Louise Naissant, ancienne Directrice de l’école presbytérale de Pliché. « Aujourd’hui, continue celle qui a fondé l’OFAP, nous pouvons manier les roues au même titre que les hommes. » Pour celle qui a initié l’organisation après 16 ans dans l’enseignement, labourer et planter offrent des opportunités économiques. « J’ai voulu que les femmes soient autonomes dans la gestion des ressources de la terre», avance Louise.

    Un bâtiment entouré d’une vaste plantation de pépinières accueille les rencontres hebdomadaires programmées pour statuer sur les différents projets de l’organisation. L’espace commun de travail de l’OFAP s’étend sur plusieurs carreaux. On y trouve des centaines de caféiers, de citronniers, de cèdres, de bananiers et d’autres plantules. « Pendant plusieurs années, nous avons mis ensemble nos maigres moyens pour acquérir ce terrain au prix de 20 000 gourdes », soutient Saintalia Pierre qui a été élue coordonnatrice générale de l’organisation le 8 mars dernier. « En 2016, l’Oxfam nous a construit ce local dans le cadre d’un projet en réponse à l’ouragan Matthew ».

    Un modèle de solidarité

    Après la récolte, les membres de l’OFAP vendent les denrées, mettent de l’argent de côté et achètent ensuite de nouvelles plantules. Puis, elles partagent les bénéfices. «Cela nous permet de pérenniser le travail et d’avoir toujours un peu d’argent en poche », déclare Saintalia.

    Des femmes font un incessant va-et-vient entre une fontaine et des barils vides disposés sur une plantation.

     Par ailleurs, les différentes activités de l’organisation constituent un appui pour les familles. Yolette Louis-Jeune, un autre membre, avance que c’est son mari qui s’occupe des plantules, des semences ou des animaux qu’elle rapporte à la maison. Clemelide Jemiel, une femme frisant la soixantaine, affirme que son mari a progressivement compris l’importance des initiatives de l’OFAP. En plus, ses enfants l’accompagnent au jardin durant les vacances.

    L’organisation confie aux femmes selon leur vulnérabilité, des brebis et des chèvres qu’elles doivent remettre seulement après accouchement. « Les petits nous reviennent de droit. Ainsi, nous pouvons constituer notre propre bétail. Ce qui nous procure une certaine autonomie financière», précise la coordonnatrice.

    Selon Louise Naissant, l’OFAP n’a pas de financement externe. C’est ensemble que les membres font face aux difficultés. Dans cette optique, un frais de 30 gourdes est exigé des participantes lors des réunions hebdomadaires afin d’alimenter un mutuel qu’elles ont formé. « En cas de difficulté, un membre pourra facilement prêter de l’argent à un taux de remboursement de 2% », prolonge-t-elle.

     Un pari contre la violence basée sur le genre

    Les violences conjugales et le viol étaient fréquents dans la zone avant l’existence de l’OFAP, confient les membres de l’organisation. Elles ont dû inscrire cette thématique dans la liste de leurs priorités.

     A la requête de l’OFAP, des formations basées sur l’équité de genre ont été réalisées conjointement avec des organisations non-gouvernementales pendant plusieurs années. «Nous savons aujourd’hui que personne n’a le droit de lever la main sur nous. Si cela arrive, nous pouvons poursuivre l’agresseur en justice. Et nous savons aussi que la loi nous donne droit à un avocat même quand nous n’avons pas d’argent », admet Yolette Louis-Jeune. Grâce à ces formations, ajoute-t-elle, les cas de violences faites aux femmes ont été réduits à Pliché.

    Pour le retour du café à Cavaillon

    A cause du déboisement, le café qui représentait la principale production agricole à Cavaillon a disparu depuis quelques années  expliquent des membres de l’OFAP. L’ouragan Matthew a aussi ravagé, en 2016,  plusieurs plantations de cafés dans la commune. L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon. « C’est le nouveau défi que nous voulons relever », lance fièrement Louise Naissant.

    L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon. « C’est le nouveau défi que nous voulons relever », lance fièrement Louise Naissant.

    Parallèlement, la région du Sud est frappée par une sévère sécheresse qui inquiète les paysans. L’OFAP pense avoir trouvé une alternative à la situation. « Nous avons opté pour le modèle de jardin agro forestier. C’est une méthode qui permet de produire en un même jardin, des fruits, des cultures vivrières et des arbres forestiers. Elle protège le sol et permet d’avoir des récoltes pendant toute l’année», continue, cette fois, Rosita Naissant.

    L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon.

    L’organisation place la relance du café parmi les réalisations qui devront marquer son vingtième anniversaire. Pour y parvenir, les femmes ne ménagent plus leurs efforts. « Nous  transportons l’eau sur nos têtes pour arroser nos différentes espèces de caféiers régulièrement. Nous œuvrons pour canaliser cette eau jusque vers les plantes afin de ne plus avoir à la transporter», ajoute Rosita.    

    Malgré les difficultés liées au financement, l’influence de l’organisation s’en va grandissant. Les retombées attirent aussi de nouveaux membres. «Sans, le support de l’OFAP, je n’aurais pas pu posséder du bétail. Aujourd’hui je peux vendre et acheter des plantules pour ma famille sans attendre le soutien de l’Etat», conclut Clemelide Jemiel, qui est la plus âgée de l’organisation.

     

    Ce texte est écrit par la journaliste Laura Louis  qui a remporté le premier prix de la catégorie presse écrite du concours « Prix Jeune Journaliste en Haiti » organisée par l’Organisation Internationale de la francophonie (OIF).   

    Laura Louis est journaliste a Ayibopost et étudiante finissante a l’Université d’Etat d’Haiti.

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