Lettre de conjoncture de la Direction Exécutive de l’ITECA aux partenaires sur la crise haitienne actuelle

Chers partenaires,

Le rebondissement de/dans la crise conjoncturelle franchit sa sixième semaine à compter du 21 octobre 2019. Nous avons pris plus de temps qu’espéré pour partager avec vous la position de l’ITECA relative à ce moment dans la spirale de la crise haïtienne qui, au demeurant, est exceptionnel à bien des égards. La présente lettre de conjoncture sera très probablement la première d’une série, puisque la durée de ce nouveau rebondissement de/dans la crise conjoncturelle pourrait être longue avec des formes de manifestation multiples et multiformes.

Un premier point est que tous les membres de notre équipe, malgré des risques encourus, sont jusqu’à présent sains et saufs. Et nos différentes installations n’ont pas été attaquées ni menacées. Il n’en va malheureusement pas de même pour certaines institutions et organisations partenaires sur le terrain. Nous continuerons à maintenir le même niveau de vigilance et tenir actif le mécanisme permanent de consultation qui intègre également des membres du Conseil d’Administration.

Le deuxième point met l’accent sur la particularité du rebondissement de/dans la crise conjoncturelle aujourd’hui constaté. D’une part, tous les ressorts de la gouvernance du pays sont aujourd’hui cassés. Tous les pouvoirs d’Etat sont dysfonctionnels. Le Gouvernement ne contrôle plus rien. Un consensus se fait jour pour un changement de régime au plan sociétal. Mais rien n’est clair sur : Qui pour succéder ? Comment parvenir au remplacement ? Quel programme de transition minimum ? Quelle durée à cette transition ? Le pays toujours et encore semble être incapable de forger un compromis plus ou moins collectif vers un avenir minimum et meilleur. Nous tous et toutes – du moins presque  – sommes unis.es dans le rejet du régime actuel. Mais la recherche de l’alternative de remplacement  reste un obstacle particulièrement insurmontable.

D’autre part, c’est l’une des rares fois que les puissances tutrices – particulièrement les Etats-Unis – semblent ne pas hâter d’imposer leur solution à une crise conjoncturelle. Ce qui ne traduit pas forcément un désintérêt de leur part. Bien entendu, le soutien des Etats-Unis au régime du Président Jovenel Moïse est dénoncé par l’opposition qui forme une nébuleuse à la fois confuse et hétéroclite. Mais il est assez facile de faire porter la responsabilité de nos incapacités à d’autres. Parce que jusqu’à présent aucune proposition de sortie de crise qui fasse vraiment consensus au niveau des acteurs haïtiens ne semble émerger. Un équilibre chaotique avec son cortège d’aggravation des conditions socioéconomiques et de dégradation de la situation humanitaire est donc constaté : le pouvoir dans l’incapacité de gouverner et une alternative pour un réel changement conjoncturel toujours très hypothétique. Quelques efforts sont récemment annoncés. Mais ils doivent gagner en consistance sociale, institutionnelle et organisationnelle.

Enfin, le troisième élément de particularité du rebondissement de/dans la crise conjoncturelle actuelle renvoie à sa nature même. La lutte contre la corruption en est l’élément moteur. Cette portée éthique ou morale tranche avec l’histoire politique haïtienne. Une telle portée projette les mobilisations sociales en cours dans des complexités quasiment inextricables. Nous nous demandons comment des secteurs politico-mafieux qui sont également à l’avant-scène dans la lutte contre le Gouvernement actuel pourraient, suite à un changement de régime,  eux-mêmes se soustraire à cette demande sociale et citoyenne de reddition de comptes ? L’impératif d’une refondation de la société civile acquiert de ce point de vue une importance centrale. Elle finira par constituer l’acteur clé qui pousse à l’émergence d’un pouvoir alternatif dans le pays. Telle est donc la lueur d’espoir qui existe au bout du tunnel marqué par cette situation d’incertitudes et de confusion sociopolitique régnant actuellement dans le pays !

Un troisième point considéré dans la présente lettre de conjoncture porte sur les effets induits par la crise actuelle sur les programmes et projets mis en œuvre par l’ITECA. Des évaluations de la situation ont été faites. Et le Comité de Programme a de manière exhaustive analysé leur état d’avancement et des dispositions sont aussi arrêtées. S’agissant des constats, il en est ressorti les éléments suivants :

  • Les coordonnateurs et coordonnatrices ainsi que les cadres responsables des composantes techniques (renforcement organisationnel, animation, gestion-économie) affectés habituellement sur le terrain ont été dans l’incapacité de se rendre dans les régions depuis quatre (4) semaines. Tout semble indiqué qu’il n’y aura pas d’évolution majeure dans les prochaines semaines.

Dans les 4 régions, les techniciens-nes resté.es sur place n’ont pas pu fonctionner à cause, d’une part, de la rareté de carburant, laquelle a entrainé une hausse du prix du transport à moto, et d’autre part, à cause des troubles sociopolitiques dans les villes comme Cayes et Saint Marc.

Les secrétaires (Gros-Morne et Belladère) se rendent au bureau quand c’est possible. C’est plus difficile aux Cayes  car la ville est pratiquement paralysée. D’une manière générale, le personnel sur place n’arrive à pas fonctionner normalement.

  • Les Coordonnateurs-trices et les responsables techniques ont établi une communication à distance avec les structures associatives partenaires de l’ITECA sur le terrain via des groupes whatsapp et le téléphone. Ces structures associatives continuent de fonctionner mais leurs activités sont perturbées, notamment l’approvisionnement en intrants et la commercialisation des produits avec les autres villes telle Port-au-Prince.
  • Le travail de terrain de l’ITECA est suspendu depuis quatre (4) semaines notamment les activités de formation, d’appui technique aux producteurs-trices et coopératives, accompagnement des unités de production des jeunes (Gros-Morne), planification de rencontre avec les autorités locales (PAGODE/Sud).
  • Le Programme R2D2 a une spécificité. L’ITECA n’est que le Chef de file. La Cellule de Coordination s’est informée de la situation des 3 autres partenaires : ADEMA, Concert Action et Veterimed. Ils sont confrontés tous à une situation de paralysie. Ils ne peuvent pas avancer dans leur processus de recrutement et finaliser certaines formalités administratives, telle l’ouverture de compte bancaire spécifique dédié au Programme. La Cellule de Coordination envisage de proposer un réajustement de la programmation existante.

Après analyse et réflexions, il a été résolu que l’ITECA ne peut continuer à être absent encore plus de temps sur le terrain. Il est indispensable de réviser notre planification. Mais cela ne peut se faire qu’avec les acteurs. À l’exception pour l’instant des bureaux de Gros-Morne et de Saint-Marc, les équipes des bureaux dans les départements du Sud et du Bas Plateau Central sont redéployées sur le terrain à compter du 20 octobre 2019. Elles passeront un temps assez long sur place et des dispositions ont été adoptées en conséquence. Des consignes de vigilance visent particulièrement l’équipe du Sud, en raison des dommages dont ont été victimes les ONG dans cette ville (pillage de Caritas Sud par exemple). Nous suivrons de près la situation pour envisager des dispositions concernant les bureaux de Gros-Morne et de Saint-Marc.

Un dernier point extrêmement important qui est adopté dans la stratégie de fonctionnement de crise au niveau de l’ITECA concerne l’impact de la situation sur les moyens d’existence des communautés et des groupes cibles accompagnés. L’environnement dans les différentes zones d’intervention a subi des changements majeurs. Le Gouvernement vient même solliciter à la date du 11 octobre 2019 une aide alimentaire d’urgence aux Etats-Unis d’Amérique. La crise qui se prolonge aggrave donc  la situation humanitaire qui est déjà,  par ailleurs,  très précaire dans le pays. L’économie est exsangue avec un taux de croissance négatif pour l’année 2019. Les rares entreprises sociales bénéficiant de l’accompagnement de l’ITECA font face à des difficultés de toute sorte et certaines sont contraintes tout simplement d’arrêter leurs activités. Un rapport d’évaluation est attendu à brève échéance. Les conclusions et recommandations seront partagées avec tous nos partenaires.

Telles sont nos premières appréciations de la crise actuelle sur nos activités. Nous nous excusons de la teneur un peu longue de la lettre. Nous allons garder avec vous toutes et tous un contact permanent. Nous vivons une situation qui est assez complexe et dont la lisibilité sera loin d’être acquise à partir d’une seule communication.

En toute solidarité,

Chenet JEAN-BAPTISTE

Directeur Exécutif

L’organisation de femme qui ambitionne de développer la commune de Cavaillon

Le 8 mars 2000, l’Organisation des femmes en action à Pliché (OFAP) a vu le jour à la quatrième section de Cavaillon. Cette institution combine agriculture et promotion des droits des femmes

Il est environ 11 heures du matin. Des femmes font un incessant va-et-vient entre une fontaine et des barils vides disposés sur une plantation. Elles sont environ une vingtaine assignée à cette tâche pour le jour. Mais en réalité, l’Organisation des femmes à Pliché (OFAP) regroupe 108 femmes de divers âges. « Nous formons 10 groupes. Du lundi au vendredi, 2 groupes de femmes accomplissent les travaux respectifs qui leur ont été confiés en réunion, explique Rosita Naissant, un membre de l’organisation. […] Si deux groupes arrosent un jour, deux autres sarcleront le lendemain.»

Pliché vit essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Et pendant longtemps, ce sont les hommes qui ont été au-devant de la scène, dès qu’il a été question de travailler la terre. « Les femmes se chargeaient de cuisiner et de vendre les récoltes », se rappelle Louise Naissant, ancienne Directrice de l’école presbytérale de Pliché. « Aujourd’hui, continue celle qui a fondé l’OFAP, nous pouvons manier les roues au même titre que les hommes. » Pour celle qui a initié l’organisation après 16 ans dans l’enseignement, labourer et planter offrent des opportunités économiques. « J’ai voulu que les femmes soient autonomes dans la gestion des ressources de la terre», avance Louise.

Un bâtiment entouré d’une vaste plantation de pépinières accueille les rencontres hebdomadaires programmées pour statuer sur les différents projets de l’organisation. L’espace commun de travail de l’OFAP s’étend sur plusieurs carreaux. On y trouve des centaines de caféiers, de citronniers, de cèdres, de bananiers et d’autres plantules. « Pendant plusieurs années, nous avons mis ensemble nos maigres moyens pour acquérir ce terrain au prix de 20 000 gourdes », soutient Saintalia Pierre qui a été élue coordonnatrice générale de l’organisation le 8 mars dernier. « En 2016, l’Oxfam nous a construit ce local dans le cadre d’un projet en réponse à l’ouragan Matthew ».

Un modèle de solidarité

Après la récolte, les membres de l’OFAP vendent les denrées, mettent de l’argent de côté et achètent ensuite de nouvelles plantules. Puis, elles partagent les bénéfices. «Cela nous permet de pérenniser le travail et d’avoir toujours un peu d’argent en poche », déclare Saintalia.

Des femmes font un incessant va-et-vient entre une fontaine et des barils vides disposés sur une plantation.

 Par ailleurs, les différentes activités de l’organisation constituent un appui pour les familles. Yolette Louis-Jeune, un autre membre, avance que c’est son mari qui s’occupe des plantules, des semences ou des animaux qu’elle rapporte à la maison. Clemelide Jemiel, une femme frisant la soixantaine, affirme que son mari a progressivement compris l’importance des initiatives de l’OFAP. En plus, ses enfants l’accompagnent au jardin durant les vacances.

L’organisation confie aux femmes selon leur vulnérabilité, des brebis et des chèvres qu’elles doivent remettre seulement après accouchement. « Les petits nous reviennent de droit. Ainsi, nous pouvons constituer notre propre bétail. Ce qui nous procure une certaine autonomie financière», précise la coordonnatrice.

Selon Louise Naissant, l’OFAP n’a pas de financement externe. C’est ensemble que les membres font face aux difficultés. Dans cette optique, un frais de 30 gourdes est exigé des participantes lors des réunions hebdomadaires afin d’alimenter un mutuel qu’elles ont formé. « En cas de difficulté, un membre pourra facilement prêter de l’argent à un taux de remboursement de 2% », prolonge-t-elle.

 Un pari contre la violence basée sur le genre

Les violences conjugales et le viol étaient fréquents dans la zone avant l’existence de l’OFAP, confient les membres de l’organisation. Elles ont dû inscrire cette thématique dans la liste de leurs priorités.

 A la requête de l’OFAP, des formations basées sur l’équité de genre ont été réalisées conjointement avec des organisations non-gouvernementales pendant plusieurs années. «Nous savons aujourd’hui que personne n’a le droit de lever la main sur nous. Si cela arrive, nous pouvons poursuivre l’agresseur en justice. Et nous savons aussi que la loi nous donne droit à un avocat même quand nous n’avons pas d’argent », admet Yolette Louis-Jeune. Grâce à ces formations, ajoute-t-elle, les cas de violences faites aux femmes ont été réduits à Pliché.

Pour le retour du café à Cavaillon

A cause du déboisement, le café qui représentait la principale production agricole à Cavaillon a disparu depuis quelques années  expliquent des membres de l’OFAP. L’ouragan Matthew a aussi ravagé, en 2016,  plusieurs plantations de cafés dans la commune. L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon. « C’est le nouveau défi que nous voulons relever », lance fièrement Louise Naissant.

L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon. « C’est le nouveau défi que nous voulons relever », lance fièrement Louise Naissant.

Parallèlement, la région du Sud est frappée par une sévère sécheresse qui inquiète les paysans. L’OFAP pense avoir trouvé une alternative à la situation. « Nous avons opté pour le modèle de jardin agro forestier. C’est une méthode qui permet de produire en un même jardin, des fruits, des cultures vivrières et des arbres forestiers. Elle protège le sol et permet d’avoir des récoltes pendant toute l’année», continue, cette fois, Rosita Naissant.

L’organisation ambitionne, en compagnie d’autres institutions, de relancer la culture caféière à Cavaillon.

L’organisation place la relance du café parmi les réalisations qui devront marquer son vingtième anniversaire. Pour y parvenir, les femmes ne ménagent plus leurs efforts. « Nous  transportons l’eau sur nos têtes pour arroser nos différentes espèces de caféiers régulièrement. Nous œuvrons pour canaliser cette eau jusque vers les plantes afin de ne plus avoir à la transporter», ajoute Rosita.    

Malgré les difficultés liées au financement, l’influence de l’organisation s’en va grandissant. Les retombées attirent aussi de nouveaux membres. «Sans, le support de l’OFAP, je n’aurais pas pu posséder du bétail. Aujourd’hui je peux vendre et acheter des plantules pour ma famille sans attendre le soutien de l’Etat», conclut Clemelide Jemiel, qui est la plus âgée de l’organisation.

 

Ce texte est écrit par la journaliste Laura Louis  qui a remporté le premier prix de la catégorie presse écrite du concours « Prix Jeune Journaliste en Haiti » organisée par l’Organisation Internationale de la francophonie (OIF).   

Laura Louis est journaliste a Ayibopost et étudiante finissante a l’Université d’Etat d’Haiti.

Tout savoir sur la Journée Internationale de la Prévention des Risques de Catastrophes

Le 13 octobre est désigné comme la « Journée Internationale de la Prévention des Risques de Catastrophes. » L’objectif de cette journée est de « promouvoir une culture mondiale de réduction des catastrophes, y compris les mesures de prévention, d’atténuation et de préparation. »

Le 22 décembre 1989, l’Assemblée des Nations-Unies a désigné tous les deuxièmes mercredi du mois d’octobre comme « Journée Internationale de la Prévention des Risques de Catastrophes. »

Puis, en décembre 2009, la journée du 13 octobre a été définitivement choisie dans le but d’inciter les gouvernements et leurs citoyens « à redoubler d’efforts afin de renforcer la résilience des communautés et des nations face aux catastrophes. »

Cependant, cette journée a été choisie pour la décennie 1990-1999, dénommée « décennie internationale pour la prévention des risques de catastrophes. »

Puis, en décembre 2009, la journée du 13 octobre a été définitivement choisie dans le but d’inciter les gouvernements et leurs citoyens « à redoubler d’efforts afin de renforcer la résilience des communautés et des nations face aux catastrophes. »

Les objectifs « Sendai Sept »

Au cours de la troisième conférence mondiale des Nations Unies sur la réduction des risques de catastrophe en mars 2015, à Sendai, l’organisation a lancé la campagne 2016-2022 s’articulant autour de 7 objectifs.

Au rappel, la campagne « Sendai Sept » a suivi la campagne « Set-up » lancée en 2011, dont l’objectif visait chaque année un groupe de personnes vulnérables et les plus touchées par les catastrophes.

Ainsi, en 2011 la campagne a été consacrée aux jeunes et aux enfants, en 2012 aux femmes et aux filles, en 2013 aux personnes à mobilité réduite, en 2014 aux personnes âgées et en 2015 aux peuples autochtones.

D’autres catastrophes tel le déboisement, les glissements de terrain, l’érosion et l’inondation affectent considérablement la population haïtienne.

Une journée importante pour Haïti

La Journée Internationale de la Prévention des Risques de Catastrophes s’avère importante pour Haïti. En effet, la position géographique de ce pays l’expose à des aléas variables pouvant être de nature géologique, hydrologique et météorologique.

D’autres catastrophes tel le déboisement, les glissements de terrain, l’érosion et l’inondation affectent considérablement la population haïtienne. En même temps le pays fait face à une pression démographique et une vulnérabilité contre les effets du changement climatique.

Selon l’indice des Risques climatiques de Germanwatch, Haiti est le 4e pays le plus touché par les aléas climatiques pour la période allant de 1998 à 2017.

Dans ce contexte, le cadre d’Action de Sendai pour la prévention des catastrophes oblige les communautés à agir dans l’objectif de mitiger les risques pour une réduction de la pauvreté et un développement durable à différentes échelles.

Retrouvez ici les objectifs « Sendai Sept » :

  • 2016- Objectif 1: Réduire nettement, au niveau mondial, d’ici à 2030, la mortalité due aux catastrophes, de sorte que le taux moyen de mortalité mondiale pour 100 000 habitants pendant la décennie 2020-2030 soit inférieur au taux enregistré pendant la période 2005-2015.
  • 2017 –Objectif 2: Réduire nettement, d’ici à 2030, le nombre de personnes touchées par des catastrophes, partout dans le monde, de sorte que le taux moyen mondial pour 100 000 habitants pendant la décennie 2020-2030 soit inférieur au taux enregistré pendant la période 2005-2015.
  • 2018 – Objectif 3: Réduire, d’ici à 2030, les pertes économiques directes dues aux catastrophes en proportion du produit intérieur brut (PIB).
  • 2019 – Objectif 4: Réduire nettement, d’ici à 2030, la perturbation des services de base et les dommages causés par les catastrophes aux infrastructures essentielles, y compris les établissements de santé ou d’enseignement, notamment en renforçant leur résilience.
  • 2020 – Objectif 5: Augmenter nettement, d’ici à 2030, le nombre de pays dotés de stratégies nationales et locales de réduction des risques de catastrophe.
  • 2021 – Objectif 6: Améliorer nettement, d’ici à 2030, la coopération internationale avec les pays en développement en leur fournissant un appui approprié et continu afin de compléter l’action qu’ils mènent à l’échelle nationale pour mettre en œuvre le présent Cadre.
  • 2022 – Objectif 7: Améliorer nettement, d’ici à 2030, l’accès des populations aux dispositifs d’alerte rapide multirisque et aux informations et évaluations relatives aux risques de catastrophe.

Initiative R2D2 : Signature d’une convention de financement entre l’ITECA et l’AFD

Le 30 juillet dernier, L’Institut de Technologie et d’Animation a signé avec l’Agence Française de Développement  une convention portant sur l’initiative Réduction aux Risques pour un développement Durable « R2D2 ». Ce dispositif regroupe 4 autres organisations de la société civile que sont : ADEMA, CONCERT ACTION, VETERIMED et ITECA.

L’évènement s’est déroulé au siège central de l’Institut de Technologie et d’Animation, à Bourdon. La signature de cette convention est la concrétisation des recommandations  du bilan des actions de l’Agence Française de Développement dans l’appui à ses partenaires dans la gestion des catastrophes naturelles en Haïti.

L’initiative « R2D2 » est une réponse au besoin de renforcement des organisations de la société civile nationale à intervenir rapidement et efficacement en situation d’urgence dans un délai ne dépassant pas 48 heures. En effet, depuis 2015 la capacité de résilience d’Haïti face aux risques de catastrophes naturelles s’est considérablement dégradée à la suite des crises socioéconomiques qui ont bouleversé le pays.

Les organisations de la société civile, grand bénéficiaire du « R2D2 »

Les 4 institutions impliquées dans le projet « R2D2 » sont déjà très présents sur le terrain et ont développé des actions conjointes avec leurs associations partenaires au niveau de la gestion des risques et des désastres. L’Agence Française de Développement a, elle aussi, appuyé pendant longtemps des organisations de la société civile. L’initiative, dont l’ITECA est le maitre d’ouvrage, renforcera les ressources et moyens des 4 opérateurs qui, de leur côté, contribuera au renforcement de leurs partenaires locaux sur le terrain.

« En cas de crise, l’initiative permettra à des acteurs ayant une excellente connaissance des zones affectées d’intervenir rapidement grâce à des moyens déjà disponibles ». Les moyens disposés par le projet « R2D2 » permettront aux opérateurs d’intervenir au niveau de la prévention et de la préparation.

Mode opératoire du « R2d2 »

Les opérateurs mobiliseront le fonds de contingence suivant les procédures nationales définies par le Système national défini pour la gestion des risques et des désastres (SNGRD). « Il permettra notamment de couvrir les 2 premiers mois de la réponse : évaluation rapide, phase immédiate de réponse à la crise et phase d’urgence ». Le financement est l’initiative est de 1,5 millions d’euros sur une période de 36 mois. La totalité de la subvention est assurée par l’Agence Française de Développement (AFD).

Cette somme financera les activités prédéterminées telles que les déblaiements, cash for work, enquêtes diagnostics, etc. Des ressources complémentaires seront disposées si l’ampleur de la crise persiste. « Enfin, si cela ne suffit pas, une enveloppe non affectée de 10% est prévue et peut être affectée avec l’Avis de Non-Objection (ANO) de l’AFD. Des audits internes spécifiques sont prévus en cas de réponse à une crise ». 

L’approche intégrée diversifiée, une stratégie dans la lutte contre le changement climatique

Le Service de Communication et de Plaidoyer (SCOP) de l’ITECA, dans le cadre d’un éventuel partenariat avec Bonsai communication, a rendu visite à un groupe de femmes œuvrant dans l’entreprenariat social et solidaire, à travers le modèle « Jaden Lavi » dans la journée du 15 mai, à Pliche,  4ème section de Cavaillon. La délégation a été composée du cinéaste  André Vanasse, de l’agronome Wilson Sanon, tous deux (2) représentants de Bonsaï Communication, d’Emmanuel Noel, représentant de Développement et Paix  et deux membres du SCOP.

A Pliche, la délégation a été accueillie par Louise Marie Naissant, présidente de « Òganizasyon Fanm an aksyon (OFAP) ». Elle a, dans un premier temps, conduit la délégation vers une parcelle que prépare l’organisation actuellement pour la culture prochaine de légumes. Pour faire face à la sécheresse qui s’abat dans la commune, les membres de l’OFAP ont fait creuser un canal  de rétention d’eau situé en amont du terrain qui servira à l’arrosage des plantes.

Les membres de la délégation ont, ensuite, visité le poulailler qui se trouve à « Gran Plas », une petite localité de Pliché. Le poulailler dirigé par un groupe de femmes membres de l’OFAP est une des trois composantes de l’Unité Intégré Diversifié. A cette occasion, le SCOP a interrogé certains consommateurs sur la qualité du service que le poulailler fournit à la communauté.

Wisly André, l’un d’entre eux,  n’a pas tari d’éloges envers l’initiative. « Je viens régulièrement acheter des œufs ici. C’est l’unique poulailler de la zone et l’initiative est à encourager », dit-il, rappelant les bienfaits du produit agricole pour le corps humain.

Louise a aussi fait visiter les diverses pépinières et la piste de composts préparées par l’organisation qu’elle dirige. Des centaines de plantules de café, de corossol, de citronniers, de cerisiers, d’orangers, etc. ont été présentés à la délégation. Les femmes attendent la manifestation de la saison pluvieuse, qui s’attarde, pour la distribution de ces plantules. Celles-ci peuvent être transplantées sur des espaces évalués à 50 carreaux de terre.

La visite s’est soldée par une réunion au local de l’organisation où les femmes ont partagé leurs expériences avec les visiteurs. Prenant la parole, Setania Pierre, affirme que sa vie a changé depuis son intégration au modèle Jaden Lavi . « Nous exploitons mieux nos ressources lorsque nous nous mettons ensemble. Je suis fière de ce que je représente désormais pour ma famille et ma communauté », indique Setania. A travers cette expérience, ITECA place les femmes au cœur de l’approche de l’unité intégrée diversifié.

Le changement climatique, une menace très surveillée

Les femmes membres de l’OFAP n’ont pas manqué de faire remarquer les difficultés que leur posent la sécheresse dans la région. La pluie n’est pas tombée à Pliche depuis le mois de décembre de l’année dernière (2018), selon ce que font savoir ces femmes. « Mais, nous savons que ce problème est dû au phénomène de changement climatique », a lâché Louise au cours de la réunion.

La présidente de l’OFAP s’est tout de même montrée rassuré quant à  l’avenir. « Nous nous préparons à y faire face. Nous nous informons chaque jour davantage et suivons méticuleusement les divers changements atmosphérique afin d’améliorer notre comportement vis-à-vis de la nature », a-t-elle poursuivi. Précisons qu’à ce niveau, l’OFAP est soutenu par PROCLIMA dont l’objectif est de renforcer l’agriculture tout en suscitant un changement de comportement chez l’agriculteur et l’armer  contre les menaces du climat.

Quid de l’Unité Intégré diversifié

L’institut de Technique et d’Animation (ITECA) en collaboration avec FONKOZE a initié, en mai 2017, dans deux communes du département du Sud un modèle d’agriculture de santé publique dénommé JADEN LAVI. Ce modèle a été conçu pour aider les communautés à prévenir la malnutrition, par la mise à disposition d’aliments de qualité, des œufs et des légumes, provenant des unités de production des femmes et des écoles qui y sont impliquées.

Les leçons tirées de la première phase d’exécution du modèle, mai 2017-juillet 2018, ont contribué à une réorganisation du modèle vers l’intégration des différentes composantes de production (œufs, légumes et compost), d’où le vocable d’Unité Intégrée et Diversifiée.

Des progrès considérables ont été remarqués au niveau des savoir-faire techniques et des connaissances des organisations participantes, des autorités locales et des élèves de ces communes sur l’agriculture organique. Les organisations participantes se sont aussi renforcées au niveau de la chaine des valeurs des filières bio alimentaires.

Projet de relogement à tiboucan

La commune de Gressier située à une dizaine de Km de l’épicentre du séisme de 2010 et a particulièrement souffert de la catastrophe. L’ampleur des dégâts enregistrés (95.34% de maisons détruites ou gravement endommagées) et la grande vulnérabilité de la population concernée (46 % de mal nourris et accès limité à l’eau potable) sont apparues au grand jour. Après avoir conduit une enquête exploratoire ayant couvert 1 783 ménages dans 18 habitations dans la section communale de Ti Boukan, ITECA a initié son projet de reconstruction de plus de 1700  maisons permanentes et parasismiques en faveur des victimes.

Crise humanitaire dans la commune de Gros-Morne L’ITECA tire la sonnette d’alarme

Port-au-Prince, le 16 octobre 2017._ Le séisme du 6 octobre 2018, malgré sa faible magnitude (5.9 sur l’échelle de Richter), a provoqué des dégâts humains et matériels importants dans la commune de Gros-Morne. Le dernier rapport de la Protection Civile, daté du 8 octobre, fait état de 7 morts, 118 blessés, 510 maisons détruites, 1660 maisons endommagées. Ce bilan reste bien en-dessous de la réalité. De l’aveu même des autorités locales, la collecte d’informations dans les 8 sections communales où vit plus de 70% de la population de la commune (estimée à plus de 100 000 habitants) est loin d’être exhaustive.
L’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) attire l’attention que le séisme du 6 octobre 2018 s’est produit concomitamment avec l’inondation ayant frappé plusieurs sections communales suites à des pluies diluviennes qui se sont abattues sur la commune. Les rapports de situation ont largement ignoré cet état de fait.
L’ITECA rappelle que les communautés rurales et paysannes de Gros-Morne subissent encore au plan économique le contrecoup de la mauvaise récolte de mangues enregistrée au cours de la saison 2018. La mangue est l’une des principales cultures de la région. Elle représente à elle seule 40% du revenu annuel des producteurs et productrices.
Très proche des communautés rurales et accompagnant sur le terrain depuis 20 ans les associations paysannes,l’ITECA tire la sonnette d’alarme sur la crise humanitaire qui risque de s’installer sur l’ensemble de la commune dans le contexte post sécheresse et inondation et post séisme du 6 octobre 2018. Les paysannes et paysans vivant dans les mornes – déjà dans la plus extrême précarité – en seront les principales victimes. Les femmes et les jeunes ainsi que les enfants en subiront les effets les plus dommageables (insécurité alimentaire aggravée, habitat précaire endommagé ou détruit, viols et harcèlement…).
L’ITECA partie prenante et à l’instar de l’espace MAKÒN – une plateforme de la société civile locale – appelle à une véritable mobilisation des acteurs pour une évaluation globale des dommages au niveau des 8 sections communales. Les PAYSANNES et PAYSANS ne doivent plus être à la fois les principales victimes de l’injustice sociale et les laissés pour compte des dégâts liés aux catastrophes naturelles ou environnementales qui en découlent largement.
L’ITECA avec l’espace MAKÒN tout en saluant les efforts de solidarité mis en place au niveau des différentes communautés appelle à une action d’urgence coordonnée et efficace (abris provisoires, assistance médicale, eau potable et assainissement, accompagnement psycho-social…). Des dispositions urgentes doivent être prises pour que des milliers d’écoliers regagnent leur salle de classe. Et des mesures de protection doivent particulièrement viser les femmes et les filles les plus fragilisées par l’accentuation de la crise du logement.
Enfin, l’ITECA avec l’espace MAKÒN insiste pour que l’État central développe de manière concrète des mécanismes qui renforcent les Comités Locaux de Protection Civile, tels que définis dans le Système National de Gestion des Risques et des Désastres (SNGRD). Cette structure doit être pleinement responsabilisée dans la finalisation de l’évaluation globale des dégâts et l’organisation de l’aide aux victimes.

Contacts presse :
Service Communication et Plaidoyer ITECA
Téléphone : +509 3430-0518 / 2227-7498
Obed Lamy | communication.iteca1@gmail.com
Nakashima Désir| communication.iteca2@gmail.com

PROCLIMA : POUR UNE ADAPTATION DE L’AGRICULTURE PAYSANNE AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Port-au-Prince, le 07 novembre 2018._ Ce mercredi 07 novembre 2018, l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) en partenariat avec Développement et Paix (Caritas Canada) a lancé aux Cayes, un projet de soutien à l’adaptation aux changements climatiques dans les systèmes de production agricole paysanne dans le Sud. Dénommé PROCLIMA, ce projet vise à améliorer la sécurité alimentaire des populations du département du Sud d’Haïti (Communes de Cavaillon, Maniche, St Louis du Sud et Aquin) par l’utilisation de techniques agricoles adaptées et le développement durable des filières bioalimentaires.

« Pour se préparer à faire face aux impacts des prochains aléas climatiques, le Département du Sud doit accroitre sa production alimentaire en adoptant des pratiques culturales qui permettent de renforcer la résistance du territoire agricole à la variabilité des précipitations, aux inondations, aux ouragans et aux tempêtes. Mais pour assurer la pérennité des actions, des investissements importants sont requis pour renforcer le capital social du Département, particulièrement des organisations de producteurs et productrices », explique le Directeur Exécutif de l’ITECA, M. Chenet Jean-Baptiste, pour démontrer le bien-fondé de ce projet.

Le coordonnateur de PROCLIMA, Joseph Andrénord André, lors de son intervention à la cérémonie de lancement du projet.

Dans le cadre du PROCLIMA, ITECA et les organisations de producteurs et productrices misent sur de nouveaux modèles de production à la fois durable et résiliente, capable à la fois de contribuer à la sécurité alimentaire et de protéger l’environnement. L’enjeu majeur est de substituer les jardins agro-forestiers aux cultures vivrières qui prédominent actuellement sur les flancs des versants. La stratégie de mise en œuvre inclut les activités telles :

  • Réalisation de campagne de sensibilisation auprès des producteurs et productrices exploitant une ou plusieurs parcelles de terre sur les versants ciblés en vue de s’assurer de leur adhésion à la mise en place et l’entretien des jardins agro-forestiers.
  • Formation et l’encadrement des producteurs et productrices sur certaines thématiques comme les techniques de compostage et la gestion des parcelles agro-forestières. L’objectif poursuivi est de les sensibiliser sur les avantages économiques et environnementaux inhérents aux modèles agro-forestiers et de les initier à l’entretien des parcelles forestières et agro-forestières.
  • Production de plantules greffées d’arbres fruitiers (caféiers, manguiers, avocatiers et agrumes) et forestiers (leucena, cèdre, moringa, campêche, etc.) et de boutures d’igname, de malanga et d’herbes fourragères.

Il s’agira aussi d’associer la production agricole à l’élevage de poules ou de lapin à des fins alimentaires mais aussi  commerciales, en vue de la diversification des revenus des producteurs et productrices pour  les rendre moins vulnérables aux incertitudes liées aux changements climatiques.

Doté d’une enveloppe de $ 1, 333,069 CA (en provenance du Fonds vert du gouvernement du Québec) pour une période de trois ans, PROCLIMA sera mis en œuvre par l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) en partenariat avec Développement et Paix (Caritas Canada) et des organisations paysannes implantées dans la zone d’intervention du projet. Les autorités locales et les structures déconcentrées des Ministères de l’Agriculture, des Ressources

Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) et de l’Environnement (MDE) s’associeront aux organisations paysannes dans  la recherche de solutions durables en matière d’adaptation. À terme, le projet aura contribué à augmenter la production agricole locale par des pratiques culturales appropriées, à renforcer la gouvernance et la gestion des organisations de productrices et de producteurs ainsi que leur positionnement au sein de certaines filières bioalimentaires porteuses.

« Ce projet favorisera la prise en charge par les Haïtiennes et les Haïtiens de leur propre développement. Les activités, qui chercheront à réduire la dépendance aux aliments importés par l’augmentation de la production locale, visent également le renforcement, chez les paysannes et paysans producteurs, de l’estime d’eux-mêmes et de leur dignité » a déclaré Christian Champigny, directeur par intérim du Service des programmes internationaux à Développement et Paix – Caritas Canada.

Mary Durand, Chargée de programmes Amérique latine (Haïti, Pérou, Honduras) à Developpement et Paix, lors de son intervention à la cérémonie de lancement du projet PROCLIMA.

Ce projet est réalisé grâce à la participation financière du Gouvernement du Québec.

À propos de ITECA

Fondé en 1978 par un groupe de professionnels et de religieux haïtiens, l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA est une organisation à but non lucratif, non confessionnelle et apolitique. En tant qu’institution d’éducation populaire c’est un lieu d’échange, d’analyse, de formation, afin de renforcer l’action des organisations paysannes. ITECA a opéré un choix conscient en faveur des  communautés paysannes les plus démuniEs en mettant à leur disposition certaines ressources nécessaires dans l’appui de projets durables dans les domaines de l’agriculture paysanne, de l’élevage tout en leur facilitant l’accès aux services sociaux de base, dans un souci de justice et d’équité.

 

À propos de Développement et Paix – Caritas Canada

Développement et Paix – Caritas Canada est une organisation non gouvernementale de développement international fondée en 1967 dans le but d’inspirer la population canadienne à agir en solidarité avec ses sœurs et frères des pays du Sud qui subissent l’injustice de la pauvreté. Elle se définit comme un mouvement fort et diversifié regroupant des Canadiennes et des Canadiens de l’ensemble du pays qui agissent pour la justice, afin de permettre aux personnes les plus pauvres de vivre dans le respect et la dignité. Depuis sa création il y a plus de 50 ans, Développement et Paix a soutenu plus de 15 200 initiatives locales dans des domaines liés à la justice écologique, à la justice pour les femmes, à la démocratie, à la participation citoyenne, ainsi que la paix et à la réconciliation dans 70 pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et du Moyen-Orient.

 

À propos du Fonds vert

Rappelons que le Fonds vert du Québec, où 100 % des revenus générés par les ventes aux enchères du marché du carbone sont versés, finance notamment la mise en œuvre des mesures du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques. Ces dernières visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et à améliorer la capacité d’adaptation de la société québécoise aux impacts des changements climatiques. Jusqu’à maintenant, le marché du carbone a généré des revenus de plus de 2,4 milliards de dollars pour le Québec, qui servent à soutenir les entreprises, les municipalités, les institutions et les citoyenNEs québécoisEs dans leur transition vers un monde plus sobre en carbone.

 

À propos du Programme de coopération climatique internationale

Doté d’une enveloppe de 18 millions de dollars sur cinq ans, le Programme de coopération climatique internationale appuie des projets d’organisations québécoises du secteur privé, des milieux de la solidarité internationale et de la recherche visant la réduction des émissions de GES et l’adaptation aux impacts des changements climatiques dans les pays francophones les plus vulnérables à ces impacts.

                                                                               

Jean-Marie Vincent L’espérance assassinée

Le 28 août 1993, vers 8 heures du soir, le Père Jean-Marie Vincent, prêtre de la Congrégation des Pères Montfortains, a été criblé de balles alors qu’il rentrait au volant de son véhicule, au local de sa communauté, à la rue Baussan à Port-au-Prince (juste à côté de l’église Saint Louis Roi de France). Il a succombé à cette agression ; cela fait exactement 24 ans. Les assassins courent toujours, nous rappellerait Jean Dominique qui, quelques années plus tard, a connu un sort similaire !

Ce texte est un rappel pour celles et ceux qui, comme moi, ont eu le privilège de connaître Jean-Marie (Janboul, pour les plus proches) ; en même temps, un témoignage par ce qu’il ne faut pas laisser l’oubli s’installer ! Ne dit-on pas que « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » ?

Plus important à mon avis, ce texte est une introduction ou présentation de quelques traits et actions de Jean- Marie Vincent à des compatriotes plus jeunes, souvent en quête de modèle, et qui sont certainement en plus grand nombre puisque le 4ème Recensement Général de la Population et de l’Habitat mené par l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique en 2003 (donc, 9 ans après la mort de Jean-Marie) révèle que

 

« Plus de la moitié de la population a moins de vingt et un (21) ans. Les personnes âgées de moins de quinze (15) ans représentent 36,5 % de la population, celles de 15 à 64 ans 58,3 %, tandis que la population âgée de 65 ans et plus est de 5,1 %.. » Avec les jeunes ainsi qu’avec ceux et celles qui le sont moins, je veux garder en arrière-plan, cette question qui, depuis longtemps, me taraude : « Comment notre pays peut-il progresser quand sont ainsi fauché-e-s les meilleur-e-s, ceux et celles qui lui sont le plus dévoué-e-s ? »

J’ai fait la connaissance du Père Jean-Marie Vincent dans le cadre de la Caritas Nationale d’Haiti. J‘étais alors Secrétaire Générale de cette importante organisation (1976- 1987). Jean-Marie était Directeur de la Caritas Paroissiale de Jean-Rabel, Responsable de l’Équipe Missionnaire du Diocèse de Port-de-Paix, avant de devenir Directeur de la Caritas Diocésaine du Cap-Haïtien.

Il faut dire qu’à cette époque, la Caritas, en tant que branche et instrument de la Pastorale Sociale de l’Église Catholique d’Haïti, venait en assistance aux populations sinistrées via une Aide d’Urgence : en aliments et médicaments ; également en outils pour la réhabilitation de parcelles cultivées, la réparation de canalisations bouchées ou détruites, le redressement ou même la reconstruction de maisons détruites après les cyclones qui ont frappé le pays, à plusieurs reprises, surtout dans le Sud; aide en provisions alimentaires et en semences après les longues périodes de sécheresse qui ont sévi, de façon plus dramatique, dans le Nord-Ouest et dans le Nord-Est du pays. Les semences et les denrées alimentaires, elles-mêmes, étaient parfois achetées à une autre Caritas diocésaine dans le but d’éviter que l’aide ne détruise la production nationale.

La Caritas entretenait des programmes réguliers d’Assistance en fournissant aliments et médicaments à des écoles, dispensaires, hôpitaux et asiles de vieillards… Cependant, la Caritas avait choisi d’accorder sa priorité aux programmes de Sensibilisation, de Formation, d’Encadrement et d’Organisation de la population, en particulier celle vivant en milieu rural. Ces programmes étaient destinés aux organisations de base (groupements de femmes et groupements mixtes) qui se sont formés à travers tout le pays.

Dans la ligne du Concile Vatican II et à la suite des importantes assemblées épiscopales de Medellin et de Puebla, Caritas Haiti avait fait sienne l’option préférentielle pour les pauvres … [« sans exclusive », s’empressaient d’ajouter quelques évêques].

Dans tous les domaines précités, Jean-Marie était une des personnes les plus convaincues, les plus dynamiques et les plus engagées.

En tant que prêtre, Jean-Marie se situait dans la ligne de la Théologie de la Libération. Il faisait aussi partie du GRIMPO (Groupe de Religieux-ses inséré-e-s en milieux populaires). Il avait fait siennes les revendications de la population paysanne pauvre, en particulier.

Homme d’action, Jean-Marie a accompagné ce dernier groupe social dans ses revendications de base. Par exemple,

pour avoir accès à l’utilisation de terres de l’État : telles celles dans le Nord-Est, totalement laissées à l’abandon, après que les fibres synthétiques aient remplacé avantageusement le sisal sur le marché international; rendant ainsi la Plantation Dauphin inopérante.

pour que les taxes imposées aux marchand-e-s correspondent aux sommes fixées par la loi et cessent de dépendre du bon vouloir des percepteurs de contribution ; et aussi pour que l’argent récolté soit utilisé pour le bien de la communauté (pour nettoyer les marchés, par exemple, et les rendre plus salubres).

Après l’éradication des cochons créoles par le PEPPADEP (Programme pour l’Éradication de la Peste Porcine Africaine et pour le Développement de l’Élevage Porcin) lancé en 1981, Jean-Marie qui avait essayé vainement de convaincre les autorités de garder – en les isolant s’il le faut – quelques spécimens de porcs sains, s’est battu et a finalement pu obtenir la réintroduction dans notre pays de nouvelles races de porcs robustes et capables de s’adapter, tant à notre climat qu’aux conditions de vie de nos masses paysannes. Cette lutte pour les cochons créoles a été menée avec l’implication de toutes les Caritas diocésaines ainsi que d’autres organisations : en particulier, le Mouvement des Paysans Haïtiens (M.P.P) et l’Association Nationale des Agronomes Haïtiens (ANDAH).

 

De plus, Jean-Marie a aidé les organisations de base à se structurer pour être plus efficaces et avoir plus d’impact. Son encadrement a facilité, par exemple, le passage de groupements paysans, disséminés dans les sections communales, à la mise sur pied d’une organisation paysanne au niveau national. C’est le cas de Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen.

Evidemment, pareilles démarches allaient à contre-courant du statu quo établi. Certain-e-s ont pris peur. Il s’est produit, le 23 juillet 1987, ce qu’on a appelé depuis : « le massacre des paysans de Jean-Rabel ». 139 personnes, au moins, y ont perdu la vie ! Dans ce cas également, les assassins courent toujours…

Jean-Marie qui n’était pas dans le pays lors du massacre, a été muté à son retour. Mais, comme son engagement n’était pas limité au monde rural, Jean-Marie s’est investi avec autant de conviction et d’ardeur dans le milieu urbain. A la Caritas du Cap, par exemple, Jean-Marie a pris l’initiative – entre autres- d’organiser une cafétéria pour permettre aux étudiants et étudiantes de la ville d’avoir accès à un repas complet, en échange d’une contribution modique.

Par-dessus tout, Jean-Marie était un homme de vision. Déjà à la fin des années 80, alors que la majorité de la population haïtienne actuelle n’était pas encore née ou bien se trouvait dans les langes, Jean-Marie a négocié avec les autorités étatiques et obtenu le droit de collecter les ordures ménagères des marchés publics pour en faire du compost.

Lors de mes dernières visites au Cap-Haitien, ma ville natale, à la vue des montagnes d’immondices qui, entre autres effets néfastes, empêchaient la circulation des véhicules et même celle des piétons, j’ai réalisé combien une telle initiative était importante et nécessaire. Pourquoi a-t-elle été discontinuée est une toute autre question qui renvoie à beaucoup d’autres… De toute évidence, il s’agissait là d’une approche intéressante non seulement sur le plan environnemental, mais également nécessaire, si l’on veut maintenir et bénéficier des atouts culturels et touristiques de cette ville historique.

Je termine mon intervention en soulignant que dans tous les domaines dont j’ai fait mention, Jean-Marie n’a jamais agi seul ! C’était un homme d’équipe, un homme de réseau, un rassembleur capable de mobiliser d’autres personnes autour d’une cause. Il s’agit là pour moi d’une grande qualité, surtout dans cette société individualiste et de « chen manje chen » dans laquelle nous nous trouvons et qui nous empêche de prospérer.

Jean-Marie peut reposer en paix. Fidèle à ses convictions, il a bien servi son Peuple, son Église, sa Patrie.

Mon souhait est que d’autres prennent la relève et portent le flambeau encore plus haut !

Claudette Werleigh,

Aout 2018

Haïti en Marche, édition du 29 Août au 04 Septembre 2018 • Vol XXXII • Nº 33

N.B. Ceux et celles qui sont intéressé-e-s à savoir davantage, peuvent contacter des membres de la Fondation Jean-Marie Vincent aux numéros suivants : (509) 4869 7403 et (509) 3796 1633

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