PROCLIMA : POUR UNE ADAPTATION DE L’AGRICULTURE PAYSANNE AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Port-au-Prince, le 07 novembre 2018._ Ce mercredi 07 novembre 2018, l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) en partenariat avec Développement et Paix (Caritas Canada) a lancé aux Cayes, un projet de soutien à l’adaptation aux changements climatiques dans les systèmes de production agricole paysanne dans le Sud. Dénommé PROCLIMA, ce projet vise à améliorer la sécurité alimentaire des populations du département du Sud d’Haïti (Communes de Cavaillon, Maniche, St Louis du Sud et Aquin) par l’utilisation de techniques agricoles adaptées et le développement durable des filières bioalimentaires.

« Pour se préparer à faire face aux impacts des prochains aléas climatiques, le Département du Sud doit accroitre sa production alimentaire en adoptant des pratiques culturales qui permettent de renforcer la résistance du territoire agricole à la variabilité des précipitations, aux inondations, aux ouragans et aux tempêtes. Mais pour assurer la pérennité des actions, des investissements importants sont requis pour renforcer le capital social du Département, particulièrement des organisations de producteurs et productrices », explique le Directeur Exécutif de l’ITECA, M. Chenet Jean-Baptiste, pour démontrer le bien-fondé de ce projet.

Le coordonnateur de PROCLIMA, Joseph Andrénord André, lors de son intervention à la cérémonie de lancement du projet.

Dans le cadre du PROCLIMA, ITECA et les organisations de producteurs et productrices misent sur de nouveaux modèles de production à la fois durable et résiliente, capable à la fois de contribuer à la sécurité alimentaire et de protéger l’environnement. L’enjeu majeur est de substituer les jardins agro-forestiers aux cultures vivrières qui prédominent actuellement sur les flancs des versants. La stratégie de mise en œuvre inclut les activités telles :

  • Réalisation de campagne de sensibilisation auprès des producteurs et productrices exploitant une ou plusieurs parcelles de terre sur les versants ciblés en vue de s’assurer de leur adhésion à la mise en place et l’entretien des jardins agro-forestiers.
  • Formation et l’encadrement des producteurs et productrices sur certaines thématiques comme les techniques de compostage et la gestion des parcelles agro-forestières. L’objectif poursuivi est de les sensibiliser sur les avantages économiques et environnementaux inhérents aux modèles agro-forestiers et de les initier à l’entretien des parcelles forestières et agro-forestières.
  • Production de plantules greffées d’arbres fruitiers (caféiers, manguiers, avocatiers et agrumes) et forestiers (leucena, cèdre, moringa, campêche, etc.) et de boutures d’igname, de malanga et d’herbes fourragères.

Il s’agira aussi d’associer la production agricole à l’élevage de poules ou de lapin à des fins alimentaires mais aussi  commerciales, en vue de la diversification des revenus des producteurs et productrices pour  les rendre moins vulnérables aux incertitudes liées aux changements climatiques.

Doté d’une enveloppe de $ 1, 333,069 CA (en provenance du Fonds vert du gouvernement du Québec) pour une période de trois ans, PROCLIMA sera mis en œuvre par l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) en partenariat avec Développement et Paix (Caritas Canada) et des organisations paysannes implantées dans la zone d’intervention du projet. Les autorités locales et les structures déconcentrées des Ministères de l’Agriculture, des Ressources

Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) et de l’Environnement (MDE) s’associeront aux organisations paysannes dans  la recherche de solutions durables en matière d’adaptation. À terme, le projet aura contribué à augmenter la production agricole locale par des pratiques culturales appropriées, à renforcer la gouvernance et la gestion des organisations de productrices et de producteurs ainsi que leur positionnement au sein de certaines filières bioalimentaires porteuses.

« Ce projet favorisera la prise en charge par les Haïtiennes et les Haïtiens de leur propre développement. Les activités, qui chercheront à réduire la dépendance aux aliments importés par l’augmentation de la production locale, visent également le renforcement, chez les paysannes et paysans producteurs, de l’estime d’eux-mêmes et de leur dignité » a déclaré Christian Champigny, directeur par intérim du Service des programmes internationaux à Développement et Paix – Caritas Canada.

Mary Durand, Chargée de programmes Amérique latine (Haïti, Pérou, Honduras) à Developpement et Paix, lors de son intervention à la cérémonie de lancement du projet PROCLIMA.

Ce projet est réalisé grâce à la participation financière du Gouvernement du Québec.

À propos de ITECA

Fondé en 1978 par un groupe de professionnels et de religieux haïtiens, l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA est une organisation à but non lucratif, non confessionnelle et apolitique. En tant qu’institution d’éducation populaire c’est un lieu d’échange, d’analyse, de formation, afin de renforcer l’action des organisations paysannes. ITECA a opéré un choix conscient en faveur des  communautés paysannes les plus démuniEs en mettant à leur disposition certaines ressources nécessaires dans l’appui de projets durables dans les domaines de l’agriculture paysanne, de l’élevage tout en leur facilitant l’accès aux services sociaux de base, dans un souci de justice et d’équité.

 

À propos de Développement et Paix – Caritas Canada

Développement et Paix – Caritas Canada est une organisation non gouvernementale de développement international fondée en 1967 dans le but d’inspirer la population canadienne à agir en solidarité avec ses sœurs et frères des pays du Sud qui subissent l’injustice de la pauvreté. Elle se définit comme un mouvement fort et diversifié regroupant des Canadiennes et des Canadiens de l’ensemble du pays qui agissent pour la justice, afin de permettre aux personnes les plus pauvres de vivre dans le respect et la dignité. Depuis sa création il y a plus de 50 ans, Développement et Paix a soutenu plus de 15 200 initiatives locales dans des domaines liés à la justice écologique, à la justice pour les femmes, à la démocratie, à la participation citoyenne, ainsi que la paix et à la réconciliation dans 70 pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et du Moyen-Orient.

 

À propos du Fonds vert

Rappelons que le Fonds vert du Québec, où 100 % des revenus générés par les ventes aux enchères du marché du carbone sont versés, finance notamment la mise en œuvre des mesures du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques. Ces dernières visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et à améliorer la capacité d’adaptation de la société québécoise aux impacts des changements climatiques. Jusqu’à maintenant, le marché du carbone a généré des revenus de plus de 2,4 milliards de dollars pour le Québec, qui servent à soutenir les entreprises, les municipalités, les institutions et les citoyenNEs québécoisEs dans leur transition vers un monde plus sobre en carbone.

 

À propos du Programme de coopération climatique internationale

Doté d’une enveloppe de 18 millions de dollars sur cinq ans, le Programme de coopération climatique internationale appuie des projets d’organisations québécoises du secteur privé, des milieux de la solidarité internationale et de la recherche visant la réduction des émissions de GES et l’adaptation aux impacts des changements climatiques dans les pays francophones les plus vulnérables à ces impacts.

                                                                               

Jean-Marie Vincent L’espérance assassinée

Le 28 août 1993, vers 8 heures du soir, le Père Jean-Marie Vincent, prêtre de la Congrégation des Pères Montfortains, a été criblé de balles alors qu’il rentrait au volant de son véhicule, au local de sa communauté, à la rue Baussan à Port-au-Prince (juste à côté de l’église Saint Louis Roi de France). Il a succombé à cette agression ; cela fait exactement 24 ans. Les assassins courent toujours, nous rappellerait Jean Dominique qui, quelques années plus tard, a connu un sort similaire !

Ce texte est un rappel pour celles et ceux qui, comme moi, ont eu le privilège de connaître Jean-Marie (Janboul, pour les plus proches) ; en même temps, un témoignage par ce qu’il ne faut pas laisser l’oubli s’installer ! Ne dit-on pas que « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » ?

Plus important à mon avis, ce texte est une introduction ou présentation de quelques traits et actions de Jean- Marie Vincent à des compatriotes plus jeunes, souvent en quête de modèle, et qui sont certainement en plus grand nombre puisque le 4ème Recensement Général de la Population et de l’Habitat mené par l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique en 2003 (donc, 9 ans après la mort de Jean-Marie) révèle que

 

« Plus de la moitié de la population a moins de vingt et un (21) ans. Les personnes âgées de moins de quinze (15) ans représentent 36,5 % de la population, celles de 15 à 64 ans 58,3 %, tandis que la population âgée de 65 ans et plus est de 5,1 %.. » Avec les jeunes ainsi qu’avec ceux et celles qui le sont moins, je veux garder en arrière-plan, cette question qui, depuis longtemps, me taraude : « Comment notre pays peut-il progresser quand sont ainsi fauché-e-s les meilleur-e-s, ceux et celles qui lui sont le plus dévoué-e-s ? »

J’ai fait la connaissance du Père Jean-Marie Vincent dans le cadre de la Caritas Nationale d’Haiti. J‘étais alors Secrétaire Générale de cette importante organisation (1976- 1987). Jean-Marie était Directeur de la Caritas Paroissiale de Jean-Rabel, Responsable de l’Équipe Missionnaire du Diocèse de Port-de-Paix, avant de devenir Directeur de la Caritas Diocésaine du Cap-Haïtien.

Il faut dire qu’à cette époque, la Caritas, en tant que branche et instrument de la Pastorale Sociale de l’Église Catholique d’Haïti, venait en assistance aux populations sinistrées via une Aide d’Urgence : en aliments et médicaments ; également en outils pour la réhabilitation de parcelles cultivées, la réparation de canalisations bouchées ou détruites, le redressement ou même la reconstruction de maisons détruites après les cyclones qui ont frappé le pays, à plusieurs reprises, surtout dans le Sud; aide en provisions alimentaires et en semences après les longues périodes de sécheresse qui ont sévi, de façon plus dramatique, dans le Nord-Ouest et dans le Nord-Est du pays. Les semences et les denrées alimentaires, elles-mêmes, étaient parfois achetées à une autre Caritas diocésaine dans le but d’éviter que l’aide ne détruise la production nationale.

La Caritas entretenait des programmes réguliers d’Assistance en fournissant aliments et médicaments à des écoles, dispensaires, hôpitaux et asiles de vieillards… Cependant, la Caritas avait choisi d’accorder sa priorité aux programmes de Sensibilisation, de Formation, d’Encadrement et d’Organisation de la population, en particulier celle vivant en milieu rural. Ces programmes étaient destinés aux organisations de base (groupements de femmes et groupements mixtes) qui se sont formés à travers tout le pays.

Dans la ligne du Concile Vatican II et à la suite des importantes assemblées épiscopales de Medellin et de Puebla, Caritas Haiti avait fait sienne l’option préférentielle pour les pauvres … [« sans exclusive », s’empressaient d’ajouter quelques évêques].

Dans tous les domaines précités, Jean-Marie était une des personnes les plus convaincues, les plus dynamiques et les plus engagées.

En tant que prêtre, Jean-Marie se situait dans la ligne de la Théologie de la Libération. Il faisait aussi partie du GRIMPO (Groupe de Religieux-ses inséré-e-s en milieux populaires). Il avait fait siennes les revendications de la population paysanne pauvre, en particulier.

Homme d’action, Jean-Marie a accompagné ce dernier groupe social dans ses revendications de base. Par exemple,

pour avoir accès à l’utilisation de terres de l’État : telles celles dans le Nord-Est, totalement laissées à l’abandon, après que les fibres synthétiques aient remplacé avantageusement le sisal sur le marché international; rendant ainsi la Plantation Dauphin inopérante.

pour que les taxes imposées aux marchand-e-s correspondent aux sommes fixées par la loi et cessent de dépendre du bon vouloir des percepteurs de contribution ; et aussi pour que l’argent récolté soit utilisé pour le bien de la communauté (pour nettoyer les marchés, par exemple, et les rendre plus salubres).

Après l’éradication des cochons créoles par le PEPPADEP (Programme pour l’Éradication de la Peste Porcine Africaine et pour le Développement de l’Élevage Porcin) lancé en 1981, Jean-Marie qui avait essayé vainement de convaincre les autorités de garder – en les isolant s’il le faut – quelques spécimens de porcs sains, s’est battu et a finalement pu obtenir la réintroduction dans notre pays de nouvelles races de porcs robustes et capables de s’adapter, tant à notre climat qu’aux conditions de vie de nos masses paysannes. Cette lutte pour les cochons créoles a été menée avec l’implication de toutes les Caritas diocésaines ainsi que d’autres organisations : en particulier, le Mouvement des Paysans Haïtiens (M.P.P) et l’Association Nationale des Agronomes Haïtiens (ANDAH).

 

De plus, Jean-Marie a aidé les organisations de base à se structurer pour être plus efficaces et avoir plus d’impact. Son encadrement a facilité, par exemple, le passage de groupements paysans, disséminés dans les sections communales, à la mise sur pied d’une organisation paysanne au niveau national. C’est le cas de Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen.

Evidemment, pareilles démarches allaient à contre-courant du statu quo établi. Certain-e-s ont pris peur. Il s’est produit, le 23 juillet 1987, ce qu’on a appelé depuis : « le massacre des paysans de Jean-Rabel ». 139 personnes, au moins, y ont perdu la vie ! Dans ce cas également, les assassins courent toujours…

Jean-Marie qui n’était pas dans le pays lors du massacre, a été muté à son retour. Mais, comme son engagement n’était pas limité au monde rural, Jean-Marie s’est investi avec autant de conviction et d’ardeur dans le milieu urbain. A la Caritas du Cap, par exemple, Jean-Marie a pris l’initiative – entre autres- d’organiser une cafétéria pour permettre aux étudiants et étudiantes de la ville d’avoir accès à un repas complet, en échange d’une contribution modique.

Par-dessus tout, Jean-Marie était un homme de vision. Déjà à la fin des années 80, alors que la majorité de la population haïtienne actuelle n’était pas encore née ou bien se trouvait dans les langes, Jean-Marie a négocié avec les autorités étatiques et obtenu le droit de collecter les ordures ménagères des marchés publics pour en faire du compost.

Lors de mes dernières visites au Cap-Haitien, ma ville natale, à la vue des montagnes d’immondices qui, entre autres effets néfastes, empêchaient la circulation des véhicules et même celle des piétons, j’ai réalisé combien une telle initiative était importante et nécessaire. Pourquoi a-t-elle été discontinuée est une toute autre question qui renvoie à beaucoup d’autres… De toute évidence, il s’agissait là d’une approche intéressante non seulement sur le plan environnemental, mais également nécessaire, si l’on veut maintenir et bénéficier des atouts culturels et touristiques de cette ville historique.

Je termine mon intervention en soulignant que dans tous les domaines dont j’ai fait mention, Jean-Marie n’a jamais agi seul ! C’était un homme d’équipe, un homme de réseau, un rassembleur capable de mobiliser d’autres personnes autour d’une cause. Il s’agit là pour moi d’une grande qualité, surtout dans cette société individualiste et de « chen manje chen » dans laquelle nous nous trouvons et qui nous empêche de prospérer.

Jean-Marie peut reposer en paix. Fidèle à ses convictions, il a bien servi son Peuple, son Église, sa Patrie.

Mon souhait est que d’autres prennent la relève et portent le flambeau encore plus haut !

Claudette Werleigh,

Aout 2018

Haïti en Marche, édition du 29 Août au 04 Septembre 2018 • Vol XXXII • Nº 33

N.B. Ceux et celles qui sont intéressé-e-s à savoir davantage, peuvent contacter des membres de la Fondation Jean-Marie Vincent aux numéros suivants : (509) 4869 7403 et (509) 3796 1633

Scroll to top
background-color : #2c4492;
fr_FRFrançais